Voici le texte de l'intervention de Mme Sommer lors du débat du 11 mai 2006.
Savoir lire, question de méthodes ?
Michelle Sommer, orthophoniste en CMPP.
www.leolea.org
Beaucoup de pédagogues reconnaissent aujourd’hui que l’apprentissage du code alphabétique est une condition sine qua non de l’apprentissage de la lecture. En revanche, bien souvent, ils ne perçoivent pas clairement ce qui distingue une méthode mixte d’une méthode « syllabique », d’un point de vue théorique.
A l’occasion du vif débat suscité par la circulaire de G. de Robien, j’ai entendu beaucoup d’enseignants affirmer qu’ils utilisaient une méthode « très syllabique », alors que la méthode citée était en réalité une méthode mixte à départ global.
Lors d’une conférence sur l’illettrisme, une Inspectrice de l’Education Nationale a assuré qu’il n’y avait plus de « bataille » des méthodes ; pour en apporter la preuve, elle a précisé : « ce qui est demandé, c’est le respect des programmes de 2002, c’est à dire enseigner à la fois le code et l’identification des mots » ; puis rapidement elle a conclu : « on peut commencer l’apprentissage par le code ou commencer par l’identification des mots, l’ordre n’a pas d’importance. »
Ma pratique confirme qu’il s’agit au contraire d’un choix déterminant. L’ordre dans lequel ces éléments sont enseignés ne doit pas être choisi à la légère.
C’est précisément le point de départ de l’apprentissage qui différencie les méthodes « mixtes » des méthodes dites « syllabiques ».
Le terme « syllabique » est le plus usuel, mais il n’est pas approprié et prête à confusion. Il serait plus cohérent de parler de méthodes synthétiques phonémiques.
En effet, nous n’utilisons pas un système d’écriture syllabique. Dans les écritures syllabiques le code écrit reproduit les différentes syllabes de la langue orale. Nous utilisons au contraire l'écriture alphabétique qui permet d'associer à chaque symbole graphique un son de la chaîne parlée, c’est à dire un phonème.
Qu’est-ce qui différencie une méthode mixte d’une méthode synthétique phonémique ?
Très généralement utilisées dans les écoles, les méthodes mixtes, sont des méthodes à départ global ; elles proposent d’apprendre à identifier les mots avant d’avoir acquis le code.
Il ne suffit pas qu’une méthode entraîne à la lecture de syllabes pour qu’elle s’appelle « méthode syllabique ». Certes, les méthodes mixtes enseignent le code et la synthèse qui permet de lire des syllabes puis des mots, mais elles commencent l’apprentissage par plusieurs mois de global (voire plus d‘un an quand les enfants « lisent » globalement en Grande Section de Maternelle…), et elles continuent à proposer la reconnaissance visuelle globale de mots alors même que le code commence à être enseigné.
Une méthode synthétique (ou « syllabique ») enseigne la lecture sans recourir à la lecture visuelle globale : voilà ce qui la différencie clairement d’une méthode mixte.
Les méthodes synthétiques, sans départ global, proposent d’acquérir d’abord le code, puis de s’entraîner à la lecture des mots et des textes.
Si l’apprentissage du code est une condition nécessaire, ce n’est pas une condition suffisante : le type de pédagogie mise en oeuvre est, lui aussi, déterminant. Nous allons essayer de comprendre pourquoi.
Je vais examiner si le départ global est adapté à l’enfant de 6 ans, en me référant d’abord à la structuration de l’enfant et à ses compétences cérébrales.
Puis nous verrons également quelle est la pédagogie la mieux adaptée quand la langue écrite est fondée sur le principe alphabétique.
Enfin, je vous présenterai une méthode synthétique phonémique qui prend en compte à la fois l’apprenti lecteur de CP et l’écriture alphabétique.
Quelques mots pour vous dire pourquoi, avec ma collègue Thérèse Cuche, nous nous préoccupons de l’apprentissage de la lecture….
Orthophonistes en Centre Médico Psycho Pédagogique depuis plus de 30 ans, nous avons été alertées par l’augmentation constante du nombre d’enfants en échec en lecture. Nous avons tenté d’analyser les causes de ces trop nombreux échecs, puis nous avons essayé de proposer des réponses concrètes.
Dans un certain nombre de cas (à notre sens très limité) les troubles de l’apprentissage de la lecture peuvent être mis en relation avec des troubles neurologiques. Il s’agit alors de vraies dyslexies.
D’éventuels déficits visuels ou auditifs peuvent aussi être à l’origine des difficultés, ils doivent bien sûr être dépistés et pris en compte.
Mais chez la plupart des enfants, notre longue expérience en C.M.P.P. atteste que les confusions, les inversions et la lecture approximative ont des causes multiples, complexes, non organiques ; il est donc prudent de les rechercher patiemment, en évitant de clore prématurément les investigations par un diagnostic qui peut être réducteur.
Parmi les causes d’échec, nous avons identifié un facteur récurent : la conjonction d’une relative immaturité des enfants et d’un apprentissage avec une méthode à départ global.
Au sein d’un même C.P., la diversité est manifeste ; il nous semble que l’on peut néanmoins distinguer 3 groupes d’élèves :
q Un enfant qui n'a pas de difficulté sur le plan de sa structuration apprendra à lire quelle que soit la méthode (on peut aller jusqu’à dire : en dépit de la méthode…). Ces enfants ont néanmoins une lecture et une orthographe très approximatives…
q Certains enfants qui rencontrent des difficultés psychologiques (de type névrotique ou psychotique) ne sont pas en mesure d’apprendre à lire à 6 ans, quelle que soit la méthode utilisée. Si les enseignants constatent qu’un tel enfant n’évolue pas, il est souhaitable de conseiller aux parents une consultation (en CMPP, par exemple).
q Un nombre croissant d’enfants est en difficulté au C.P. en raison d’un certain manque de maturité. Leur désir d’apprendre à lire est encore trop ambivalent. De plus, ils ont des difficultés à accepter les limites, les règles et les codes.
Nous avons constaté qu'une méthode qui privilégie les repères est nécessaire pour permettre à ces enfants-là de s’engager dans l’apprentissage de la lecture.
L’échec en lecture, à notre sens, pose avant tout la question de la maturité, du désir de s’approprier un savoir. C’est bien pour cette raison que c’est aussi une question de méthode. En effet, l’approche pédagogique choisie par l’enseignant aidera (ou n’aidera pas…) l’enfant à occuper une place de sujet « qui peut savoir ».
La société actuelle se préoccupe beaucoup de l’enfant. Il est désormais considéré comme une personne, un « sujet », au même titre que l’adulte. Si on ne peut que s’en féliciter, on est obligé de constater également que l’on oublie trop souvent de s’intéresser à l’enfant en tant que sujet en train de se construire. Si Françoise Dolto nous a aidés à prendre conscience du fait que l’enfant était « une personne », elle n’a jamais soutenu que l’enfant était d’emblée une « grande personne ».
Une pédagogie bien adaptée à l’élève en cycle 2, se doit de tenir compte des enjeux de la maturation psychologique de l’enfant. En effet, cette maturation a des incidences sur l’apprentissage de la lecture. On s'adresse au C.P. à des enfants de 6 ans qui traversent une période complexe de modification profonde de leur rapport aux autres et au monde.
A. Quels sont les changements qui doivent intervenir dans la structuration de l'enfant (la construction de sa personnalité), pour qu'il soit en mesure d'apprendre à lire au C.P. ?
Pour la commodité de l’exposé, nous présentons ici une succession de processus « individualisés ». En réalité, ces processus se superposent : ils sont à l’œuvre et se remanient de la naissance à la mort.
Le rôle du père est essentiel, dès la naissance. Mais l'enfant est d'abord engagé dans une relation privilégiée, à deux, avec sa mère : il y a peu de distance entre lui et la mère et, dans l'imaginaire de l'enfant, lui et maman c'est quasiment « pareil ». Il perçoit sa mère comme un semblable, auquel il s'identifie. Il est dans l'illusion d'un « tout », peu différencié mais rassurant.
Cette relation avec la mère va devoir évoluer progressivement, pour permettre que s'installe, dans un premier temps, le langage ; l'aboutissement de ce même processus permettra ensuite à l’enfant d’avoir la maturité nécessaire pour le passage au C.P. et l’acquisition de la lecture.
Il faut « grandir » pour lire !
Pour « grandir», l’enfant va être amené à accepter (souvent à reculons…), un certain nombre de réalités qui, dans un premier temps, sont synonymes pour lui de déplaisir.
Parmi ces réalités, nous en retiendrons 4 :
- La distance symbolique.
Pour que l’enfant puisse se structurer, il est nécessaire qu’une distance symbolique s'installe entre l'enfant et la mère.
Une des étapes dans cette prise de distance est matérialisée par la scolarisation en maternelle ; un enfant qui n’accepte pas cette distance sera bien difficile à scolariser. Il pleure, ne s’intéresse pas aux autres enfants ni à ce que lui propose l’enseignant. Il est trop exclusivement tourné vers maman.
Le terme de « maternelle » évoque encore maman. Le passage au C.P. représente une autre étape importante dans cette prise de distance par rapport à la mère.
2. La différence.
Pour « grandir », l’enfant va également devoir accepter la différence . Lui et maman, ce n'est pas pareil ; deux sujets pareils, cela n'existe pas. C'est difficile car la différence inquiète l'enfant (ce qui est connu est rassurant) ; c'est difficile aussi parce qu’ accepter la différence l'amène à prendre conscience du fait que personne ne peut tout avoir. Si différence il y a, il manque des choses à tout le monde. Donc l’enfant n’aime pas la différence… C’est en apprenant à « faire la différence » que tout enfant (toute personne) se structure : différence entre l’intérieur et l’extérieur, entre soi et l’autre, entre le réel et l’irréel, entre le garçon et la fille, entre le licite et l’illicite, mais aussi…entre a et b….
- La place symbolique du tiers.
Pour « grandir », il faut aussi renoncer à une relation privilégiée à deux (avec la mère) et accepter la place symbolique du tiers pour accéder à une relation à trois. Ce « choix » concerne l’enfant mais aussi la mère. Si la mère refuse elle-même qu’un tiers occupe cette place symbolique, l’enfant aura de grandes difficultés à franchir cette étape essentielle.
C'est le plus souvent le père qui va le premier jouer ce rôle de tiers dans la relation et ainsi aider l'enfant à parcourir ce chemin. Cette relation à 3 ouvrant bien sûr la voie à tous les « autres » que l'enfant va rencontrer. Parmi ces «autres» : l’école, la lecture….
Le tiers permet l’accès à l’ordre symbolique, qui structure, qui fonde les limites et les règles ; le symbolique, c’est ce qui « humanise », c’est ce qui aide à passer de l’état de « nature » à celui de « culture ».
- Le renoncement à la prédominance de l’imaginaire.
Tout au long de sa vie, chaque sujet continuera a avoir besoin d'une part d'imaginaire, mais l’enfant va devoir renoncer à la prédominance de cet imaginaire.
Dans un premier temps, l'enfant fonctionne surtout dans le registre de l'imaginaire. Le tiers, le symbolique, vont peu à peu permettre à l’enfant de ne plus fonctionner pour l'essentiel dans l'imaginaire.
On peut illustrer le monde imaginaire de la petite enfance par celui des contes de fées. D'un coup de baguette magique, tous les désirs peuvent être satisfaits, tout est possible : on est mort mais on peut redevenir vivant. De même l'enfant s'imagine tout puissant, il s’imagine qu’il peut tout avoir.
L’imaginaire, c’est aussi la recherche du plaisir immédiat, de la satisfaction immédiate d’un désir. La réalité est autre : la satisfaction d’un désir n’est pas immédiate, il y a du plaisir mais aussi du déplaisir, des contraintes, des limites. Voilà donc encore bien des choses difficiles à accepter...
B. Quelques mots sur le passage de la maternelle au C.P.
Ces quelques éléments évoqués mettent en évidence que le passage de la Maternelle au C.P. correspond bien à une étape décisive dans la structuration de l'enfant : il faut s’éloigner progressivement du champ de la mère (et d'un rapport encore très imaginaire au monde) pour accéder au champ de tous les autres possibles.
Pourquoi ce passage peut-il être difficile ?
Parce que l'enfant y est confronté essentiellement à la perte, à ce qui manque.
L’installation de la distance symbolique avec la mère signifie perdre un peu de la satisfaction apportée par la relation fusionnelle imaginaire avec la mère.
Reconnaître la « différence » amène à prendre en compte le manque : personne ne peut tout avoir à la fois.
Expérience de la perte aussi quand il doit renoncer à un certain type de plaisir immédiat pour pouvoir accéder à un autre type de plaisir, non immédiat. Par exemple, le plaisir de maîtriser la lecture suppose d'abord l'apprentissage des graphies, du déchiffrage ce qui représente un effort pour lui.
C. Que recouvre précisément le terme de « maturité » ?
La maturité affective de l’enfant dépend de la manière dont l’enfant aborde les différentes étapes qui vont lui permettent de se structurer. La maturité résulte de la structuration de l’enfant en tant que « sujet ». Elle se manifeste par exemple dans le désir et la capacité d’autonomie de l’enfant, dans son désir de s’approprier un savoir, dans son aptitude à accepter progressivement la frustration, les contraintes les règles.
La maturité est une visée. La structuration du sujet ne s’achève pas à un temps « T » qui correspondrait à un âge donné. Comme nous l’avons indiqué plus haut, ces processus se remanient de la naissance à la mort. Il n’existe pas de sujet idéalement mature, que l’on pourrait citer en exemple ! Ce qui est essentiel, c’est que l’enfant soit engagé dans le processus de structuration que nous avons évoqué. Chaque sujet suivra ensuite son bonhomme de chemin…
Dans la société actuelle, un nombre croissant d'enfants arrive au C.P. avec un certain retard de maturation. Ce sont des enfants vifs, intelligents, curieux de tout, mais qui papillonnent. Ils ne sont pas en capacité de fournir dans la durée l’effort minimal nécessaire à l’acquisition d’un savoir, ils n’ont pas vraiment le désir de s’approprier des connaissances.
Le terme de « maturité » est désormais galvaudé.
On considère trop souvent qu’un enfant est mature, simplement parce qu’il semble très « dégourdi ». Prendre en compte ce seul critère conduit à une confusion lourde de conséquences. Ces enfants font illusion car ils se comportent comme de petits adultes. Ce ne sont là qu’attitudes induites par des parents qui leur confèrent une place d’adulte prématurément ; ces enfants ne sont pas pour autant des enfants matures sur le plan affectif. Les parents leur ont permis au contraire d’éviter d’avoir à franchir les étapes successives qui mènent à la vraie maturité.
De tels enfants donnent aussi le change dans les classes. Ils sont souvent repérés trop tard, quand l’échec scolaire devient manifeste. Veiller à bien différencier la vraie maturité de la maturité de « façade » permettrait d’intervenir de manière adaptée en amont, pour prévenir l’échec.
La précocité intellectuelle n’est pas non plus un signe de maturité au sens où nous l’entendons. Le cas des enfants surdoués n’est pas toujours facile à gérer (doivent-ils sauter une classe, entrer précocement au CP ou non ?) à cause d’un fréquent décalage entre maturité intellectuelle et maturité affective.
Quand on analyse au plan individuel les capacités des enfants, on s’aperçoit que des évolutions importantes peuvent se produire en trois mois et qu’il peut y avoir une grande disparité entre des enfants qui ont atteint 6 ans au premier trimestre et ceux qui atteindront 6 ans au dernier. Il est important d’en tenir compte.
Comment ces processus de structuration interfèrent-ils
avec l’apprentissage de la lecture ?
Nous mettrons ici en regard les processus de structuration que nous venons d’évoquer et certains aspects de l’apprentissage de la lecture.
1. Nous avons évoqué la nécessaire distance symbolique :
Au cours des années d‘Ecole « Maternelle », la prise de distance par rapport à sa mère permet progressivement à l'enfant de devenir autonome.
Pour accepter que s’installe cette distance, l’enfant doit en particulier renoncer à l’illusion qu’il peut être complètement satisfait par sa mère : le désir d’apprendre à lire dépend de cette maturation. S’il persiste à imaginer qu’il a tout (et si la mère le maintient dans cette illusion), pourquoi l’enfant aurait-il le désir d’adopter les connaissances qu’on lui propose ?
Sans désir autonome de l’enfant, distinct du désir de la mère, le désir de connaître, de savoir n’est pas à l’œuvre. L’enfant reçoit passivement l’enseignement prodigué mais il ne « retient » pas les connaissances, car il n’a pas le désir de se les approprier. Ce qui amène la plupart du temps à conclure trop rapidement qu’il s’agit de problèmes de « mémoire »…
Manque de désir de savoir également chez les enfants qui semblent s’intéresser à tout mais ne fixent leur attention sur rien.
L’enfant qui a tendance à rester rivé au regard de l’adulte quand on lui propose de lire, témoigne d’une difficulté du même ordre. Il reste persuadé que seul l’adulte détient le savoir et que lui-même ne peut pas savoir. Faute de désir autonome, l’accès au savoir se résume à la dépendance à l’adulte qui sait à sa place. Si ma mère (ou l’adulte) sait, je n’ai pas besoin de savoir….
L’ apprentissage de la lecture est généralement le premier « travail de grand » que l’enfant va aborder. C’est donc souvent une difficulté à s’engager dans l’apprentissage de la lecture qui va servir de révélateur du manque d’autonomie d’un enfant.
Quel rapport entre la distance symbolique et le langage écrit ?
La distance symbolique indique qu’une « séparation » d’avec la mère est possible, qu’elle est en cours . Cette « coupure » symbolique est nécessaire pour que l’enfant existe progressivement en tant que sujet autonome. Elle est aussi un passage obligé pour que l’enfant accède au langage écrit. En effet, la lecture fait appel à des « signes » linguistiques dont le principe de fonctionnement est fondé entre autres sur la coupure. Sans «coupure» , sans «séparation» dans la chaîne sonore, pas d’accès au sens : « Entrain » n’est pas « en train ».
Il faut rétablir mentalement les coupures pour être en mesure de comprendre une phrase qui a été transcrite sans séparations («Jevaisàlapiscine.»).
La ponctuation également a une fonction de coupure. C’est sans doute une des raisons qui amène les enfants immatures à ne pas la respecter volontiers.
D’autre part, ces signes (les mots écrits) sont des représentations avec une distance : le mot poule n'est pas l'image d'une poule ...
L’image propose une similitude plus immédiate avec ce qu’elle représente.
L’apprenti lecteur recherche toujours d’abord l’illustration car il perçoit qu’elle est susceptible de lui procurer un accès plus direct au sens.
S’il a encore beaucoup de réticences à accepter la distance symbolique entre lui et sa mère, l’enfant ne s’intéressera pas volontiers aux signes linguistiques et préfèrera se contenter des images.
- Nous avons souligné l’importance de la différence :
(précisions : Le phonème est un élément sonore du langage articulé.
Le graphème est une représentation de la parole par l’écrit.)
Si nous nous plaçons du point de vue des phonèmes, c’est ce qui différencie «c » (consonne occlusive sourde) de « g » (consonne occlusive sonore), par exemple, qui permet de ne pas confondre cri et gris. En l’occurrence, c’est l’opposition soude/sonore qui permet l’accès au sens ; cette « différence » est incontournable.
Mais c’est aussi ce qui différencie un graphème d’un autre graphème qui permet de ne pas confondre Marc et marque.
Si l’enfant n’accepte pas la différence, il éprouve de grandes difficultés à s’approprier le code de la lecture, basé précisément sur les caractéristiques différentielles des phonèmes et des graphèmes.
Certains enfants, qui ont des difficultés particulières à accepter la différence, s’efforcent par exemple de faire coïncider le graphisme du « a » avec celui du « o » quand ils écrivent, tentant ainsi de prouver envers et contre tout que « a » n’est pas différent de « o ».
3. Quel rapport entre le tiers, le symbolique et l’ apprentissage de la lecture ?
L’ordre symbolique installe des relations médiates entre les êtres, c’est-à-dire que la relation de « soi » à l’ « autre » est médiatisée par un symbole. Elle n’est pas immédiate, sans intermédiaire.
L’école est un lieu tiers. L’enfant le repère très vite, quelques jours d’adaptation lui seront parfois nécessaire pour accepter ce lieu et ces personnes « étrangères » qui mettent en péril sa relation sécurisante et parfois trop exclusive avec sa mère. Le rôle de tiers de l’école se vérifie aussi quand les mères nous disent que les devoirs à la maison ne se passent pas bien. Les enjeux affectifs et les apprentissages ne font pas souvent bon ménage. L’enseignant sera à la bonne distance pour permettre que les apprentissages se fassent sur une autre scène que celle du champ de la mère, lieu de trop d’enjeux à cet âge.
Le langage écrit, la lecture, c’est l’occasion pour l’enfant d’une nouvelle rencontre avec du tiers.
Le signe linguistique a une fonction symbolique en tant qu’opérateur de passage du concret à l'abstrait, de l'image au concept.
La lecture fait partie de l’ordre symbolique parce que le langage écrit repose sur un code et des règles qui sont arbitraires. Il faut aider l’enfant à accepter ces règles qui lui sont « étrangères » pour qu’il puisse ensuite communiquer avec beaucoup d’autres. Un enfant immature va éviter l’accès au texte, écrit par un tiers inconnu qui l’inquiète.
Le code est établi par les membres de la communauté linguistique. Acquérir le langage écrit c’est accepter de s’inscrire dans cette communauté, c’est donc aussi à ce titre un rite de passage symbolique.
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