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Vendredi 6 avril 2007

Voici ma contribution aux élections présidentielles de 2007.

Ce courrier a été envoyé à tous les candidats...

Lettre ouverte aux politiques.

 

 

Mesdames, Messieurs,

 

Je suis une maman désespérée !

J’ai le sentiment que l’Education Nationale « grève » l’avenir de mes enfants et que je devrais assister, sans rien dire à ce gâchis.

L’école de la République qui devrait permettre de donner, à tous, la meilleure instruction, quel que soit les origines, le milieu social, le niveau intellectuel des parents ; cette école donc, a failli.

Seuls les enfants dont :

-          la famille connaît parfaitement les rouages du système,

-          la famille a les moyens intellectuels et/ou financiers,

-          la famille a le temps de s’occuper,

 

auront une chance de s’en sortir.

 

Pourtant, jusque dans les années soixante, la France pouvait s’enorgueillir d’avoir l’un des meilleurs systèmes éducatifs au monde !

 

L’école va mal. L’ascenseur social n’existe plus. L’échec est massif et précoce. Environ 15% (chiffre officiel) ne maîtrisent pas la lecture à l’entrée en 6ème.

Les enfants n’ont plus de vocabulaire, plus d’orthographe, plus de grammaire, ils écrivent comme ils parlent…

 

Alors que s’est-il passé ?

Il y a eu « mai 68 » !

®     L’Homme nouveau, l’Homme du 21ème siècle devait être un homme libre.

 

Mais quand je lis dans  L’école ou la guerre civile- P. Meirieu & M. Guiraud - Plon, 1997 que

 

Ø  « Le projet est de modifier la société par l’école  »

 

Ø  [Il faut que l’enfant] « prenne peu à peu du pouvoir sur ses parents »

 

Ø  [il doit] « apprendre la résistance aux opinions qu’il entend de tous côtés, y compris aux suggestions ou influences de la famille »

 

 

ou dans La machine-école, 2001

 

 

 

 

Ø  (les enfants sont) contraints à se soumettre silencieusement à l'autorité de leurs enseignants;

 

Ø  (les enfants doivent) remettre en cause la soumission aux pouvoirs en place en s'attaquant à l'une de ses principales racines, l'éducation.

 

Ø  (……) la société était rigidifiée parce que l'école poursuivait efficacement un objectif caché : assujettir les jeunes à ceux qui détiennent le pouvoir

 

Ø  Subvertissons les rapports de pouvoir dans la classe pour libérer nos élèves et les futurs citoyens de cette obéissance aveugle aux autorités de toutes sortes qui fait d'eux des esclaves !!

 

Ø  Changer la société pour changer l'école. Changer l'école pour changer la société.

 

 

Sachant combien Monsieur Meirieu est influant à l’Education Nationale, je ne m’étonne plus de voir ce qu’est devenue notre société. Bien sûr qu’elle a profondément changé et que l’on peut accuser les parents de ne plus savoir « tenir » leurs enfants, il ne pouvait en être autrement !!!

 

 

De plus, un certain nombre de penseurs voulaient rendre notre école plus juste, plus égalitaire. Ils voulaient surtout la rendre plus moderne…

 

 

D’où l’arrivée de nouvelles méthodes pédagogiques basées non plus sur la transmission des savoirs mais, sur la construction, par l’enfant, de ses savoirs. L’enfant ne doit plus être passif face à un enseignant qui souhaite lui transmettre ses connaissances mais, construire, déduire lui-même ses savoirs.

 

D’ailleurs l’école est devenue un « lieu de vie » où l’enfant doit « s’épanouir ». Il faut que tout soit facile et ludique. Du coup, ils ont perdu le goût de l’effort.

 

Ensuite, les méthodes ont tellement changé, se sont tellement complexifiées ! Elles ne sont plus progressives structurées et structurantes.

 

Même en ayant un certain cursus scolaire, nous parents,  ne pouvons plus aider nos enfants, ne comprenant pas toujours le raisonnement employé. L’institution insiste d’ailleurs bien pour que nous n’utilisions  pas de techniques passéistes et rétrogrades qui risqueraient de perturber plus encore nos chères têtes blondes.

 

Non seulement l’Education Nationale nous a spolié de notre autorité parentale mais, elle nous fait passer pour des imbéciles incultes auprès de nos enfants. Ah ! C’est sûr qu’ils doivent être fiers de nous, nos bambins !

 

 

Pour ma part, je n’ai plus aucune confiance dans le système. Je pense même qu’il n’y aurait de salut que de retirer mes filles de l’Institution et de faire classe à la maison.

 

 

Véronique Abachin

 

Avril 2007

 

 

 

 

Par Véronique - Publié dans : ACTION
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Mercredi 28 mars 2007
les collégiens de cinquième sont tombés au niveau des élèves de CM2 de 1987

LE MONDE | 08.02.07 | 14h57



 

Les performances des élèves en orthographe sont en baisse sensible, au point que le niveau d'une classe de cinquième de 2005 est celui d'une classe de CM2 de 1987. Cette baisse ne relève ni du sentiment subjectif ni de l'affirmation polémique. Elle est démontrée par un travail universitaire, signé d'une équipe composée de Danièle Manesse, professeur en sciences du langage à l'université de Paris III-Sorbonne nouvelle, de Danièle Cogis, maître de conférences à l'IUFM de Paris, et de deux professeurs des écoles, Michèle Dorgans et Christine Tallet.

Leur enquête est présentée dans un ouvrage qui doit être publié le 22 février sous le titre Orthographe : à qui la faute ?, aux éditions ESF. Réalisée en 2005, elle reproduit à l'identique, selon le même protocole, une enquête précédente menée en 1986-1987 par le chercheur André Chervel et Danièle Manesse sur le niveau orthographique des élèves de 10 à 16 ans. Celle-ci procédait à une comparaison à un siècle de distance, en s'appuyant sur les dictées collectées entre 1873 et 1877 par l'inspecteur général Beuvain d'Altenheim. Cette enquête avait été publiée dans l'ouvrage La Dictée, les Français et l'orthographe (Calmann-Lévy, 1989).

En termes de "niveau orthographique moyen", les résultats de cette comparaison étaient alors en faveur des élèves de 1987. En 2005, la même dictée (un court passage de Fénelon, de 83 mots) a été administrée à un échantillon représentatif de 2 767 élèves de 123 classes du CM2 à la troisième. Cette fois, la comparaison des résultats entre 1987 et 2005 témoigne d'une chute importante du niveau. Les erreurs ont considérablement augmenté : là où les collégiens en faisaient huit en 1987, ils en font treize en 2005. Là où les élèves de CM2 faisaient douze erreurs, ils en font dix-huit. En 1987, 50 % des élèves faisaient moins de six fautes. Ils ne sont plus que 22 % en 2005.

"TEMPS RÉDUIT POUR L'ÉTUDE"
Dans l'intervalle, le niveau orthographique a pris un retard de deux années scolaires : autrement dit, les cinquièmes de 2005 ont le niveau des CM2 de 1987, les quatrièmes de 2005 celui des sixièmes de 1987, etc. La nature des erreurs a aussi évolué, car ce sont surtout les fautes de morphosyntaxe, d'accords et de conjugaison qui augmentent : 52 % du total en 2005, contre 40 % en 1987. Pour tenter d'analyser les causes de cette baisse, Danièle Manesse cite en premier "un temps réduit pour l'étude de la langue", ce qui correspond à "un thème récurrent" dans les propos des professeurs de français. Elle s'interroge sur la possibilité que les "théories de l'énonciation" introduites dans les programmes du collège aient "marginalisé" l'étude des "outils de la langue". L'orthographe est ainsi devenue une "patate chaude" que chaque niveau de scolarité s'empresse de transmettre au suivant : de l'école au collège, du collège au lycée, etc. Danièle Manesse évoque le "désarroi" des professeurs devant le fait que "l'exigence traditionnelle de l'école en matière de correction de la langue" soit "passée au second plan" et que l'on ait "minoré l'importance auparavant accordée aux dimensions formelles de l'écrit".

Dans leur conclusion collective, les auteurs abordent aussi "la formation des professeurs des écoles et des collèges", selon elles "ridiculement courte pour ce qui est de l'étude de la langue", et la "question ancienne de la vigilance orthographique des professeurs des autres matières". Enfin, cette enquête vaut aussi par son origine : Danièle Manesse est une proche de Philippe Meirieu, considéré dans le débat sur l'éducation comme le chef de file des pédagogues. Elle-même favorable, comme beaucoup de spécialistes, à une réforme de l'orthographe, elle rappelle que "jusqu'à nouvel ordre, l'orthographe qu'on doit enseigner est ce qu'elle est".


Luc Cédelle
Article paru dans l'édition du 09.02.07

 
Par Le monde du 8 février 2007 - Publié dans : Articles
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Mercredi 28 mars 2007

Voici l'extrait d'un texte consultable sur le site

 

 

 

http://reseauslecc.free.fr/article.php3?id_article=5#sp5

 

APPEL DES PARENTS

 

Savoir lire, écrire, compter, calculer…

 

… sont les seuls supports possibles d’une véritable instruction élémentaire. Ils constituent le squelette de l'enseignement primaire. Celui-ci ne peut être construit que sur des progressions pensées, seules capables d'insuffler la joie d'apprendre et de rendre gratifiants les efforts des élèves : méthodes alphabétiques d’écriture/lecture, analyse grammaticale, dictées, pratique des opérations, problèmes concrets, règle de trois, exercices nombreux et variés, mémorisation obligatoire mais intelligente des règles et des automatismes, etc..

 

Mais un véritable enseignement primaire est un enseignement de culture qui ne se limite pas aux rudiments. Sans être accompagnée d’une initiation raisonnée aux sciences physique et naturelle, à l’histoire et à la géographie, aux oeuvres littéraires, l’instruction resterait un socle vide et muet. Ces matières sont la chair qui donne corps au squelette. Par exemple, l’appropriation de la lecture facilite grandement celle des oeuvres, l’appropriation des rudiments de l’arithmétique éclaire les lois de la physique… En retour, l’assimilation des premiers éléments de géographie donne un sens à l’apprentissage des opérations ; sans connaissance de la grammaire, la lecture d’un poème reste aveugle… Telles sont les conditions de mise en chantier d’une culture générale primaire.

 

Or, les nouveaux programmes se traduisent par des allègements aussi improvisés que chaotiques atteignant les fondements même de l’instruction. Ils obligent de nombreux parents à suppléer aux graves démissions de l’école soit en payant de leur personne en refaisant le cours à la maison, soit en payant des cours particuliers.

 

Aujourd’hui, on estime que le retard moyen des programmes est de près de deux ans par rapport aux années 1960.

 

Quant au retard réel des élèves, il est incommensurable ; dès 1995, Luc Ferry lui-même reconnaissait que nombre d’étudiants de l’université n’avaient pas atteint le niveau de troisième.

 

 

 

Refus des abc de la langue française et de l'arithmétique

 

Paradoxalement, ces allègements inconsidérés alourdissent les tâches demandées aux élèves. Les pratiques officielles rendent vains les efforts des enfants jusqu'à les dégoûter de l'école. Dans le meilleur des cas, ils acquièrent une connaissance émiettée, en gruyère. Ils accumulent des retards qui deviennent irréversibles.

 

Comme les parents le constatent de plus en plus souvent, les élèves peinent à apprendre par coeur et à exécuter mécaniquement des tâches qu'ils ne comprennent pas. Pourquoi ? Parce que les instructions officielles actuelles les leur imposent sans qu'ils puissent en maîtriser les bases. Les exemples abondent qui montrent que les nouveaux programmes sont à la fois trop prétentieux et trop modestes :

 

- Ils pèchent par simple bêtise. Par exemple, comment sommer de jeunes élèves de reconnaître et apprendre par coeur des listes de mots sans qu’ils connaissent les lettres de l’alphabet ? Les méthodes dites fonctionnelles ou intégratives en vogue n'ont de méthodes d'apprentissage de la lecture que le nom. Nos enfants sont devenus les cobayes livrés aux délires d’apprentis sorciers.

 

-Ils pèchent par véritable ignorance. Par exemple, comment contraindre de jeunes élèves à acquérir a  priori le sens des opérations sans apprendre d’abord et en même temps à les poser et à les effectuer ? N’entend-on pas souvent les enfants dire : « J’ai compris, mais je ne sais pas faire » ?

 

- Ils pèchent par folle prétention. Comment espérer aborder avec profit la dite "grammaire structuraliste" et sa terminologie complexe avec des élèves âgés de 8 ans alors qu’il est si simple de partir de la traditionnelle et efficace grammaire de phrase : nom, sujet, verbe, compléments..? « Maman, pourquoi dit-on que Paul est le groupe sujet dans "Paul mange son dessert" ? Dans un groupe, il doit y avoir plusieurs personnes .»

 

- Ils pèchent par folie des grandeurs. Comment peut-on prétendre initier des élèves de maternelle à la philosophie alors qu’ils ne maîtrisent pas encore, ni l’observation, ni la langue, ni la grammaire ? Ne confond-onpas sérieux et esbroufe ?

 

Comment s’étonner alors que nombre d’entre eux soient perdus, incapables d'écrire, de calculer, de raisonner, et cela à tous les niveaux de l’enseignement (primaire, collège, lycée, études supérieures). Toutes ces aberrations pénalisent d’abord les enfants de milieux défavorisés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour contrer cet état de fait le GRIP - Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes - a proposé en juin 2005 à la DESCO - Direction de l'Enseignement SColaire - la mise en place d'un réseau d'écoles primaires suivant les préconisations SLECC - Savoir Lire Ecrire Compter Calculer - dont vous trouverez l'adresse du descriptif à la fin de ce texte.

 

 

 

 

 

 

 

Dans le même temps, le HCE connaît de très graves turbulences

 

Un Haut Conseil de l’Education (HCE) a été créé par le gouvernement en octobre 2005. Il a pour mission de préconiser les futurs programmes d’enseignement. Nommé récemment par le Président de la République pour une période de six ans, Laurent Lafforgue, mathématicien, médaille Fields 2002 (équivalent du Prix Nobel), en est le seul membre à s’être clairement prononcé publiquement pour une véritable instruction telle que nous l'avons esquissée. Avant la première réunion du HCE, dans un courriel adressé exclusivement à ses membres, il a lancé un cri d’alarme salutaire pour dénoncer le désastre scolaire en proposant des pistes de redressement, en n’hésitant pas à relever les responsabilités de tout niveau, depuis les délires des concepteurs de programmes jusqu'à l’autoritarisme d’inspecteurs chargés par la hiérarchie de les faire appliquer contre vents et marées, quitte à sanctionner sévèrement les enseignants qui osent braver leurs diktats. Adversaires farouches du pluralisme, ses opposants ont organisé une fuite du courriel confidentiel dans les services du ministère pour le forcer à la

 

démission ; celle-ci est effective depuis le 18 novembre 2005. Le 22 novembre, Laurent Lafforgue a déclaré : « Je continuerai à soutenir SLECC et à lutter aux côtés des défenseurs de l'école exactement comme avant. »

 

 

 

Oui, il est possible de combattre cette catastrophe, mais que faire pour commencer ?

 

Pour montrer notre opposition aux programmes actuels du primaire,

 

avec Laurent Lafforgue, deux autres médailles Fields et

 

de nombreuses personnalités françaises et internationales,

 

signez la pétition contre les programmes 2002 !

 

Signature électronique http://www.sauv.net/prim.php

 

Pour

 

- défendre la position de Laurent Lafforgue sur l’école

 

- soutenir les enseignants qui tentent de donner une véritable instruction à nos enfants

 

malgré des programmes débilitants et la pression des inspections

 

- exiger la présence de défenseurs de l'instruction publique

 

au sein du Haut Conseil de l'Education (HCE)

 

- soutenir SLECC Savoir Lire Ecrire Compter Calculer

 

SIGNEZ CET APPEL DES PARENTS !

 

Parents, parlez-en autour de vous,

 

Signez et faites signer l’Appel des Parents !

 

Pour signer l'appel Pour suivre l'affaire Lafforgue

 

 

 

Page Laurent Lafforgue :

 

http://www.ihes.fr/~lafforgue/

 

Suivi

 

http://michel.delord.free.fr/ll-dernieres.html

 

Pour suivre l'évolution du projet SLECC

 

Signature électronique

 

http://reseauslecc.free.fr/article.php3?id_article=5

 

Signature et contact papier

 

AppelSLECC

 

321 rue de l'Eau Vive

 

F-04100 Manosque

 

Contact

 

Mail : appelslecc[spam]gmail.com

 

( remplacer [spam] par @ )

 

Premiers éléments : projet pour la DESCO 06/2005

 

http://michel.delord.free.fr/slecc-juin2005.pdf

 

GRIP : http://grip.ujf-grenoble.fr/

 

Site Réseau SLECC (à venir)

 

 

 

Version imprimable

 

1 page/feuille http://michel.delord.free.fr/appelslecc.pdf / 2 pages/feuille http://michel.delord.free.fr/appelslecc2.pdf

 

Version html avec des compléments http://michel.delord.free.fr/appelslecc.html

 

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Mercredi 28 mars 2007

Lettre N° 29 - L'enseignement primaire

 

 

 

 

• Depuis quelques années, l'apprentissage de la lecture-écriture, de l'orthographe et de la grammaire, du calcul, sont l'objet d'un débat public.

Notre colloque du 7 février : "L'ECOLE PRIMAIRE, UNE ETAPE FONDATRICE" a été la première occasion d'affirmer l'originalité et l'unicité de l'école primaire, et de réagir contre l'usage abusif des idées de tronc commun et de socle commun, qui tendent à diluer le primaire dans le trop vaste ensemble de l'enseignement obligatoire.


• Etape fondatrice dans le chemin qui mène l'enfant à l'homme, l'enseignement primaire est aussi le fondement, la fondation dirait-on pour un bâtiment, qui supporte les autres enseignements et qui devrait doter ceux qui ne poursuivront pas une scolarité classique d'un bagage intellectuel simple mais solide, capable de résister aux épreuves de la vie.

C'est pourquoi les lacunes et les malfaçons dans l'établissement des fondations mettent en péril tout l'édifice, à commencer par l'édifice scolaire. Après la longue complainte des professeurs du secondaire, c'est maintenant, comme l'a montré de nouveau le colloque, au tour des professeurs de l'enseignement supérieur de voir débarquer avec effarement des cohortes d'étudiants inaptes à suivre les cours, faute d'aptitude à raisonner, faute aussi de connaissances élémentaires. On ne parle pas ici de cancres, mais de bons élèves consciencieux.

Un intervenant constate ainsi que le niveau baisse d'année en année. Rien d'étonnant à cela. Les jeunes étudiants de 2007 sont nés autour de 1989, année de la mémorable réforme JOSPIN. Ils ont vraiment eu droit à une "éducation nouvelle".

Quant aux 150.000 à 200.000 enfants sacrifiés chaque année, ils partent dans la vie, sans bagage.

Nous avons enregistré les interventions au colloque, et nous pourrons les diffuser sur papier ou CD. Les personnes intéressées seront informées sur notre site et par une prochaine lettre.

• A l'issue du colloque, nous avons rendu publique notre
lettre adressée à tous les candidats à la présidentielle. Nous y renouvelons notre demande, déjà présentée lors de la préparation de la loi Fillon, de l'établissement d'un examen national de fin d'études primaires, dont l'utilité est évidente, et qui manifesterait clairement l'autonomie et l'importance primordiale de l'enseignement primaire.

 

 

 

 

Dans la presse

 


Avant le colloque, nous avons mené une action pour tenter d'informer et d'intéresser les médias, tâche très difficile pour une association comme la nôtre.

* Nous avons eu la satisfaction d'enregistrer quelques retombées directe ou indirectes, par exemple l'éditorial de Clause IMBERT dans LE POINT du 8 février : "Les mots pour le dire" où il fait mention explicite de l'enseignement primaire, ce qui n'était pas fréquent jusqu'à présent.

* Le professeur Lucien ISRAËL, membre de notre Comité d'Honneur, qui a assisté au colloque, a publié le 1er mars dans LE FIGARO un article intitulé "
A QUAND UNE VRAIE REHABILITATION DE L'ECOLE PRIMAIRE ?"

* Ce texte a suscité une réponse immédiate de Gilles DE ROBIEN :
" L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE, OBJET DE TOUTE MON ATTENTION"


* Jean-Pierre DEMAILLY, Président du GRIP publiait au même moment une tribune libre dans LA CROIX :
"REFONDER L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE"


* Dans le même ordre de préoccupation, nous avons relevé dans la revue économique ENJEUX de février 2007, l'article
LA DICTEE S'IMPOSE JUSQUE DANS LES ENTREPRISES;
L'article est centré sur l'orthographe, façade la plus visible. Mais nous savons, et le colloque a bien montré, qu'au-delà des fautes d'orthographe, graves sont les déficits de raisonnement logique et d'expression nuancée, orale ou écrite. LE MONDE – Economie du 6 mars reprend le même thème :
LES ENTREPRISES REMETTENT LA DICTEE A L'ORDRE DU JOUR


• Enfin, nous reproduisons un texte majeur de Laurent LAFFORGUE, non encore publié :
LE CALCUL A L'ECOLE PRIMAIRE . En quelques pages, l'auteur fait le tour de la question, avec la précision qui le caractérise, dans un langage clair, concret, accessible à tous. Un très beau travail !

 

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Mercredi 28 mars 2007

 Refonder l'enseignement primaire

 


Extraits d'un article paru dans LA CROIX du 13 Février 2007, par Jean-Pierre Demailly, Professeur de mathématiques à l'Université Grenoble I et à l'Ecole normale supérieure de Lyon. Président du Groupe de recherche interdisciplinaire sur les programmes (GRIP).
Membre de l'Académie des Sciences.

 

 

 

 

 

grip.ujf-grenoble.fr
www.lire-ecrire.org

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 4 mars 2007

APPRENTISSAGE DE LA LECTURE :

LE DEBAT SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE SE POURSUIT

- gh.wettstein.badour@libertysurf.fr

12 février 2007

 

 

Dans mon document faisant le bilan et traçant les perspectives au moment (le 15 novembre 2006) où prenait fin l’initiative de Monsieur de Robien, ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, au sujet de l’enseignement de la lecture, voir le texte complet via le lien suivant:

http://appy.ecole.free.fr/actualites/gwb200611a.pdf

J’écrivais notamment :

 

…..« Le débat scientifique et technique a été beaucoup trop bref et donc très largement insuffisant mais il a permis toutefois une avancée importante : le coeur du débat a bien été identifié car le «mode opératoire» utilisé pour enseigner le code alphabétique a été mis en cause. »….

 

 

Où en est ce débat aujourd’hui ?

 

Il se concentre sur une question et une seule : quel est le « mode opératoire » optimum pour enseigner le code alphabétique ?

 

Une vingtaine de chercheurs en sciences psycho-cognitives, en psycho-linguistique ou en sciences de l’éducation ainsi qu’un certain nombre de pédagogues se sont prononcés sur cette question dans deux textes publiés, l’un en février 2006 puis dans le Monde de l’éducation en mars 2006, l’autre fin octobre 2006 publié sur le site de Monsieur Franck Ramus :

http://www.ehess.fr/centres/lscp/persons/ramus/

voir sur sa page d’accueil à : « mes contributions au débat sur les méthodes de lecture »

 

Voici ce que l’on peut y lire notamment :

- dans le texte de février 2006 :

« du moment que le déchiffrage est enseigné systématiquement, il importe peu que l’approche soit plutôt analytique (du mot ou de la syllabe vers le phonème) ou synthétique (du phonème vers la syllabe et le mot) »

- dans le texte d’octobre 2006 :

« Il faut enseigner les relations graphèmes-phonèmes (entre les lettres et les sons) de manière systématique et explicite, dès le début du cours préparatoire.

Il existe de nombreuses manières d'enseigner les relations graphèmes-phonèmes: des approches synthétiques, combinant les phonèmes pour construire les syllabes et les mots; des approches analytiques, décomposant les mots en syllabes et en phonèmes; et des approches combinant à divers degrés les deux précédentes. Les études d'évaluation ne font pas ressortir de différences significatives d'efficacité entre ces différentes approches (1).

Les résultats scientifiques actuels suggèrent donc d'écarter les méthodes qui n'enseignent pas les relations graphèmes-phonèmes, ou qui ne les enseignent pas de manière explicite et systématique, ou qui ne les enseignent pas suffisamment tôt (souvent appelées "méthodes globales", ou selon les acceptions, correspondant à une partie des méthodes globales). Toutes les autres méthodes semblent acceptables. »

 

Dès la publication du texte de mars 2006 j’avais publié la communication suivante, voir via le lien suivant :

http://www.orthomalin.com/accueil/index.php?m=actu&a=news&ID_news=545

 

Monsieur Ramus a répondu à cette communication par un message sur son site dont je n’ai eu connaissance par hasard que vers le 20 décembre 2006, voir:

http://www.ehess.fr/centres/lscp/persons/ramus/lecture/lecture.html#badour

 

Tout début janvier 2007 je lui ai fait parvenir un message et une communication que vous trouverez à :

http://www.orthomalin.com/accueil/index.php?m=actu&a=news&ID_news=763

 

Monsieur Ramus m’a fait savoir courtoisement à mi-janvier 2007 qu’il reprendra contact avec moi dès qu’il aura pu étudier la communication que je lui ai adressée.

 

Le travail de fond continue donc.

 

Avec l’expression de mes sentiments dévoués.

 

G Wettstein-Badour

(1) N’étant pas  statisticienne, j’indique simplement pour l’information complète du lecteur que cette affirmation est fondée sur un rapport publié aux USA par le National Reading Panel. Elle a été démentie par une étude de la junior entreprise de l’école nationale de la statistique et de l’administration économique, qui en a vérifié la validité à la demande de l’association Enseignement et Liberté, voir : http://www.enseignementliberte.org/aplect13.htm

Par G Wettstein-Badour - Publié dans : Articles
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Vendredi 26 janvier 2007
Canton de Genève : victoire de l'Association REFAIRE L'ECOLE (ARLE)

 

Après avoir recueilli plus de 28000 signatures et ainsi obtenu l'organisation d'un référendum (votation) le 24 septembre 2006, l'association a vu ses propositions acceptées par 76 % des votants.



 


L'ARLE proposait de modifier un article de la loi sur l'instruction publique sur les points suivants :
  • l'organisation des études primaires année par année et non par cycle
  • la possibilité de redoublement chaque année
  • l'évaluation continue, notée (de 1 à 6) et faisant l'objet de moyennes trimestrielles (à partir de la 3ème année du primaire)
  • l'établissement par voie de règlement de normes de promotion annuelle des
élèves (passage d'une classe à l'autre)]l
Le Département de l'Instruction Publique du Canton de Genève et toute sa hiérarchie s'étaient fortement mobilisés contre cette initiative de l'ARLE. La doctrine du DIP, sous la bannière de "Rénovation de l'enseignement primaire" est conforme à l'idéologie et aux doctrines qui, en France, ont détruit l'enseignement primaire.

Nous vous proposons ci-après :
- quelques textes extraits du site de l'ARLE www.arle.ch (archives – ancien site)
- quelques commentaires
 

Loi sur l'instruction publique - Article 27 (nouvelle teneur)


1. L'école primaire comprend six degrés ou années d'étude.
2. Le passage d'un degré à l'autre n'est pas automatique.
3. Les conditions de promotion annuelle des élèves sont déterminées, à partir de la 3e année primaire, par une évaluation continue, chiffrée (de 1 à 6) et certificative.
4. Les normes de promotion et les conditions d'admission des élèves sont fixées par le règlement.
 

Communiqué de presse


L'Association Refaire l'Ecole remercie la grande majorité du peuple genevois d'avoir soutenu son initiative pour le maintien des notes à l'école primaire. Elle pense qu'un pareil succès est le signe d'un véritable besoin de refonder l'école genevoise. Le malaise était tel qu'il s'est exprimé massivement. C'est aussi un soulagement pour la majorité des enseignants et des parents de ce canton, plongés depuis trop longtemps dans l'incertitude et dans l'inquiétude.

... La victoire est d'autant plus impressionnante que le Département de l'Instruction Publique de Genève (DIP) et toute sa hiérarchie se sont fortement mobilisés pour faire pièce à notre initiative. Ce
succès populaire scelle l'échec d'une politique porteuse depuis plusieurs années d'une conception laxiste de l'école, conception dépassée par les événements.

Nous l'avons assez répété : derrière les notes existe une vision de l'école, de l'élève et, finalement, du rôle de l'homme dans cette société. Nous pensons que c'est par la connaissance transmise pas à pas, apprise de manière structurée et ensuite clairement évaluée qu'un enfant peut s'élever avec le plus de chance vers un avenir qui s'est singulièrement compliqué. Cette conception est aujourd'hui approuvée par le peuple genevois, qui veut redonner une chance à tous les élèves.

Le manque de repères actuels, la confusion des principes éducatifs, ont rendu plus difficile à appliquer le principe de la loi genevoise qui entend corriger les inégalités. Dans cette optique d'équité, il est grand temps, pour le bien de tous et l'avenir de chacun, de refaire l'école.
...
 

Texte argumentaire dans la brochure explicative pour la votation du 24 septembre


Origine et conséquences des réformes récentes ?

L'évolution de la société et des mœurs sert depuis quinze ans de prétexte à une innovation effrénée qui transforme l'école en un laboratoire d'expérimentation. Les réformes scolaires à répétition entravent l'acquisition des connaissances de base. La mission élémentaire de l'école primaire - apprendre à lire, à écrire et à compter - n'est pas efficacement assurée.

L'idéologie qui inspire la Rénovation de l'enseignement primaire est remise en question depuis longtemps. Elle consiste à inviter l'élève à découvrir et à "construire" les connaissances par lui-même et en interaction avec ses camarades. Les plus récentes études confirment les doutes émis sur cette méthode.

Force est de constater que les apprentissages se font toujours davantage par d'autres biais : parents aptes à permettre à leurs enfants de travailler à domicile, leçons particulières, répétiteurs, achat de matériel didactique, écoles privées. Voilà qui aggrave les inégalités.

Que défend notre initiative ?

L'initiative "Pour le maintien des notes à l'école primaire" émane d'instituteurs et d'enseignants genevois qui travaillent chaque jour avec les élèves sur le terrain. Elle est simple et claire. Elle prône une école qui instruise avant d'éduquer. Les maîtres y transmettent des connaissances pas à pas, des plus simples aux plus complexes. Elle vise avant tout à préserver des procédures qu'elle juge essentielles dans le contrôle des acquisitions.

Que demande-t-elle ?

- Une évaluation chiffrée : L'initiative maintient les notes de 1 à 6 sur les travaux dès la 3e primaire. C'est un code compréhensible par tous les parents, utilisé dans la plupart des cantons suisses. C'est la pratique au Cycle d'orientation, au Collège de Genève et dans les filières d'apprentissage.

- Une évaluation continue : L'initiative préconise de noter régulièrement les travaux des élèves tout au long de l'année. Le maître les commente et les fait signer par les parents. Ils sont ainsi tenus au courant en permanence du niveau réel de leurs enfants.

- Une évaluation certificative : L'initiative entend par là que ces mêmes travaux, portant sur les matières travaillées en classe, impliquent l'établissement de moyennes. Les notes certifient que l'élève a acquis les connaissances fixées par les programmes annuels.

- Une échéance annuelle : L'initiative fixe dans la loi une durée raisonnable : une année par degré scolaire. Les élèves qui rencontrent des difficultés doivent être pris en charge au plus vite. Inutile d'attendre deux ans avant de leur donner l'occasion de combler leurs lacunes.

La promotion est fondée sur des résultats fiables jugés suffisants. Redoubler doit rester une mesure exceptionnelle. L'élève a ainsi la possibilité de reprendre confiance en lui et de rattraper son retard. Précisons que cette mesure intervient seulement en cas de faiblesse généralisée dans toutes les disciplines. Quand le redoublement doit être envisagé, la décision est prise suite à la consultation de toutes les parties concernées, élèves, parents, enseignants et inspecteur.

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Vendredi 22 décembre 2006

Voici mon cadeau de fin d’année à quelques pédagogues imprudents qui confondent « preuves » et méthode Coué.

Joyeux Noël à tous avec mes meilleurs vœux  pour 2007.

G.Wettstein-Badour

Réponse à quelques pédagogues imprudents !
Ghislaine Wettstein-Badour -Noël 2006
-gh.wettstein.badour@libertysurf.fr -

Mias non, Miessuers, la letcure des mtos dnot les letrtes snot palcées en dérsorde ne pourve pas que cuex-ci snot lus de mèanire golbale ! En ariffmnat clea, vuos aezv pirs un gors riquse car vous ne pievouz pas truover un meuiller expleme puor illsutrer le fiat que la letucre, même extpere, retse aphlabéquite !

Mais, pourquoi écrire ces quelques lignes de manière aussi « abracadabrantesque » ? Tout simplement parce que me sont parvenus, à de nombreuses reprises, des phrases de ce type que s’échangent les internautes.
Certains m’ont demandé comment il est possible pour le cerveau de parvenir à lire des textes de ce type. Je m’étais bien promise de leur répondre mais les évènements m’ont imposé d’autres priorités. Cependant, quand une personnalité très importante du monde pédagogique s’est servi de textes de ce type pour écrire péremptoirement que le fait de pouvoir les lire « prouvait » le caractère global de la lecture experte, alors là, le jeu n’était plus de la même nature !

Je ne pouvais laisser passer sans réagir une telle énormité puisque bien au contraire, la lecture de ces mots explicite clairement le travail de synthèse qu’effectue le cerveau pour comprendre le sens de l’écrit ! J’aurai pu utiliser les deux textes reproduits ci-dessous pour illustrer de manière concrète, dans mes publications antérieures, le fait que le cerveau part de la lecture de chaque lettre pour découvrir le sens des mots mais j’avoue que je n’y avais pas pensé. De toute manière, je n’aurais pas osé présenter de tels exemples. J’aurais craint que mes lecteurs pensent qu’un virus encore inconnu venait de s’abattre sur mes neurones surmenés. Cependant, puisque certains n’hésitent pas à utiliser une telle production comme « preuve » du bien fondé de leurs thèses, je ne résisterai pas non plus au plaisir de leur montrer en quoi ces fantaisies linguistiques prouvent très exactement le contraire de ce qu’ils affirment.

J’aurais pu, pour donner plus de sel à cet exposé, le présenter uniquement avec des mots comportant des lettres placées en désordre, des césures anormales, un mélange de majuscules et minuscules et une absence de prise en compte de leur forme orthographique. Cela aurait eu l’avantage de l’originalité et je suis persuadée que mes lecteurs, dont je ne mets en doute ni les qualités intellectuelles ni celles de leur lecture, seraient parvenus à comprendre mon message puisque leur cerveau est capable de le lire. Cependant, ils auraient peut être trouvé l’exercice un peu ardu. Il était pourtant particulièrement tentant de le proposer à ceux qui prétendent que la lecture experte – et donc automatisée -est globale et permet de reconnaître immédiatement un mot quelle que soit sa présentation graphique. Ceux-ci, disposant, semble-t-il, d’un cerveau qui leur donne la possibilité d’exécuter des prouesses dont tous les autres humains sont totalement incapables, n’auraient sans doute eu aucune difficulté pour lire ce document. Mais, comme de toute manière, je ne parviendrai pas à ébranler leurs certitudes d’autant plus enracinées profondément qu’elles sont indémontrables, je ne souhaite pas infliger un surcroît d’efforts de synthèse à tous ceux qui souhaitent comprendre, à l’aide d’éléments basés sur des connaissances scientifiques sérieuses et prouvées, le cheminement qui mène de la vision de tels textes à la compréhension de leur contenu. J’ai donc opté pour un mode d’écriture, certes beaucoup plus banal, mais qui a l’avantage d’être plus facilement accessible. Nous quitterons donc le domaine de la fantaisie pour entrer dans celui plus austère, je l’avoue, mais combien éclairant, de la neurologie de la lecture.

Voici les textes qui m’ont le plus souvent été adressés :

-premier spécimen –

Sleon une édtue de l’Uvinersité de Cmabridge, l’odrre des ltteers dnas un mtos n’a pas d’ipmrotncae, la suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire snoiet à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dnas un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas porlbème. C’est prace que le creaveu hmauin ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mias le mot cmome un tuot.

-second spécimen –

Messil Laleck tuerait tête avant Toudu des chiffres âges, oh riez Vous Tan de Penne halire sept fraz

Le premier texte est composé de mots dont les lettres sont présentées en désordre avec la première et la dernière placées dans leur position normale. Le second présente les mots coupés de manière atypique, mélangeant majuscules et minuscules sans respecter les règles orthographiques. Malgré ces anomalies, la lecture de ces textes reste cependant possible.

Pour permettre de comprendre comment le lecteur découvre le sens de ces textes il est indispensable de rappeler les principaux éléments qui montrent que mon discours ne se fonde pas sur de simples hypothèses mais sur des travaux sérieux qui figurent, avec leur bibliographie dans ma dernière étude publiée cette année.*

J’en reprendrai ici trois points essentiels :

-1-le cerveau est incapable de traiter les mots comme des images et ne peut pas les photographier pour les reconnaître dans leur globalité ;
-2-les caractéristiques de la vision rapprochée sont telles que les meilleurs lecteurs sont ceux qui identifient une par une les lettres contenues dans les mots ;
-3-la compréhension du sens des mots résulte d’un assemblage lettre à lettre de chacun des signes graphiques qui les composent et d’une comparaison de ces éléments synthétisés avec ceux dont les différentes mémoires du cerveau disposent.

Chacun de ces éléments mérite une explication que je vais tenter de résumer le plus brièvement possible. Le lecteur pourra constater concrètement par lui-même la réalité des mécanismes décrits ici lorsqu’il lira, ou fera lire par d’autres personnes, les deux textes mentionnés ci-dessus.


1-Le cerveau est incapable de traiter les mots comme des images et ne peut pas les photographier pour les reconnaître dans leur globalité.

Nous savons désormais que le cerveau est capable, lorsqu’il reçoit des informations visuelles, de faire le tri entre celles-ci. Il sait différencier les mots (ou les idéogrammes) des images. Lorsqu’il comprend qu’un graphisme n’a pas d’autre signification que son lien avec un son, il conduit l’information analysée vers les structures de l’hémisphère gauche destinées à en découvrir le sens. Or, cet hémisphère travaille en pratiquant la synthèse des unités les plus simples et en comparant ces assemblages aux éléments dont il dispose dans sa mémoire. Mais jamais l’hémisphère gauche n’appréhende globalement les formes qui lui sont proposées. Sa nature physiologique ne le lui permet pas. L’affirmation que les mots sont abordés dans leur globalité est un non sens neurologique. Mais, même si on admettait cette hypothèse, comment ceux qui prétendent que les mots sont reconnus globalement sous leur forme orthographique peuvent ils expliquer que ceux qui n’ont jamais été rencontrés sous cette forme graphique puissent être « reconnus » ? Personnellement je serai curieuse d’obtenir une réponse à cette question. Il n’y a pas besoin d’avoir des connaissances approfondies sur le fonctionnement cérébral pour comprendre que s’il y a une possibilité d’identification des mots ainsi présentés, c’est parce qu’il s’opère un travail de synthèse qui permet par une série d’essais successifs de réorganiser l’ordre des lettres pour découvrir un mot connu qui contienne tous les éléments graphiques identifiés.

Il est bon de rappeler ici que lorsqu’il y a, chez le lecteur expert, une mémorisation de la forme orthographique d’un mot, celle-ci n’est utilisable que lorsque toutes ses composantes graphiques ont été analysées. Aucun deschercheurs qui ont démontré la présence d’aires cérébrales de reconnaissance de la forme orthographique des mots, n’a remis en cause ce fait. Il ne m’est pas possible d’expliquer ici ce phénomène dans toute sa complexité mais je tiens à la disposition des incrédules la bibliographie qui accompagne l’étude que j’ai précédemment citée. Elle développe assez largement ce point fondamental. Rappelons simplement ici que la lecture, qu’elle soit débutante ou experte, nécessite une succession de mécanismes d’analyse commencée dans les récepteurs sensoriels et une synthèse de ces éléments par l’hémisphère gauche pour accéder au sens du texte. Ce type de travail est totalement opposé à celui qu’effectue l’hémisphère droit qui peut, quant à lui, mémoriser des images dans leur entier et traite les informations visuelles de manière analogique. Il est indispensable de connaître les conséquences de la spécificité du travail de chaque hémisphère pour comprendre les diverses opérations qui entrent dans la lecture. Quelle que soit la langue, qu’il s’agisse d’un débutant ou d’un lecteur expert, la lecture nécessite la découverte de la correspondance des éléments de base de l’écrit, les graphèmes dans les langues alphabétiques (lettre, ou groupe de lettres) avec les sons qu’ils représentent (les phonèmes). Les études pratiquées en IRM.fonctionnelle confirment bien cette réalité.

Aucun scientifique ne conteste actuellement le fait que la lecture nécessite la mise en correspondance des signes graphiques avec les sons qu’ils représentent. Il est donc indispensable, pour lire et écrire, de savoir identifier les uns et les autres. Toutes les différences qui séparent les méthodes d’apprentissage de la lecture portent sur la manière qui permet d’atteindre ce résultat.


De très nombreux travaux ont démontré l’importance de la perception des phonèmes de la langue orale pour comprendre l’écrit, certains d’entre eux pouvant être transcrits de plusieurs manières. Je ne m’attarderai pas ici sur ce point mais je signale son importance car elle aura sa place dans les explications concernant la lecture du second texte présenté ci-dessus. J’insisterai, par contre, davantage sur les conditions dans lesquelles s’opère la perception des graphèmes.

-2-Les caractéristiques de la vision rapprochée sont telles que les meilleurs lecteurs sont ceux qui identifient une par une les lettres contenues dans les mots

Que le lecteur veuille bien me pardonner les précisions techniques qu’il découvrira ici mais il n’est pas possible de comprendre comment le cerveau parvient à lire ces textes sans disposer d’un minimum de connaissances dans le domaine de la neurologie du langage écrit et de la vision rapprochée utilisée dans la lecture.

Les signes graphiques qui composent les mots ne diffèrent souvent que par de faibles différences morphologiques ou d’orientation spatiale. Pour identifier ces différences, l’oeil ne peut avoir recours qu’à la vision rapprochée car elle seule permet de discriminer avec une grande précision deux points l’un de l’autre.

C’est au niveau de la fovéa, située elle-même au centre de la macula (petite surface qui occupe environ 2 mm² au centre de la rétine), que la perception est la plus fine car c’est à cet endroit précis que les cellules visuelles (les cônes) sont les plus petites, les plus nombreuses et les plus proches les unes des autres. Deux points ne peuvent être vus distinctement que si leur image sur la rétine se projette sur deux cônes différents. Plus on s’éloigne du centre de la macula, plus la distance entre les cônes augmente et moins la vision est précise. La nécessité d’une discrimination fine des signes graphiques conduit le système oculo-moteur à faire en sorte que l’axe du regard soit centré en permanence sur l’élément à discriminer.
Cette exigence, associée au caractère linéaire de l’écrit, conduit à un balayage du texte qui est exploré par l’oeil lors des pauses qui séparent les saccades et micro-saccades oculaires.

La surface du texte explorée par la fovéa pendant la lecture ne couvre qu’environ un degré du champ visuel. Les scientifiques s’accordent sur le fait que le nombre de lettres qui peuvent être vues ensemble lors de chaque pause oculaire par la macula permet la vision, dans une écriture de taille courante et dans des conditions normales d’éclairement, d’un espace occupé par 6 à 8 lettres. Mais la fovéa seule ne couvre qu’un nombre beaucoup plus réduit de caractères (2 à 3). Ce sont eux qui sont vus avec le maximum de précision lors de chaque centrage de l’axe du regard. Plus l’image qui se projette sur la rétine s’éloigne du centre de la fovéa, moins la discrimination visuelle est bonne. Les caractères situées de part et d’autres de la fovéa, bien que vus avec une perception moins fine que le caractère central, peuvent cependant être plus ou moins facilement décryptés s’ils comportent des particularités morphologiques assez nettes pour constituer des indices permettant leur identification. Mais cette pratique comporte une marge d’erreur qui augmente d’autant plus que les signes à identifier se situent plus loin du centre de la fovéa. Si les diverses suggestions envisageables ne sont pas suffisantes pour permettre de rattacher le contenu visuel de ce qui est perçu à un signe connu, des micro-saccades d’ajustement placent l’image de chaque lettre mal perçue au centre de la fovéa afin de lever les ambiguïtés et de permettre de trancher entre les diverses solutions possibles.

De nombreux travaux ont montré que, contrairement à ce qui est trop souvent affirmé, les meilleurs lecteurs sont ceux qui font très peu appel au contexte rapproché et aux hypothèses de lecture. Ils n’essaient pas de « prédire » la suite du texte ou de « reconnaître » les mots mais ils traitent le texte lettre après lettre en faisant porter tout l’effort sur l’identification de la forme de chaque signe graphique. Ces études ont révélé que les meilleurs lecteurs (ceux qui lisent le plus
rapidement en comprenant le sens de leur lecture) sont ceux qui sont capables d’identifier le plus rapidement de très petites variations de formes dans un mot et donc d’optimiser l’usage de leur fovéa.

-3-La compréhension du sens des mots résulte d’un assemblage lettre à lettre de chacun des signes graphiques qui les composent et d’une comparaison de ces éléments synthétisés avec ceux qui sont présents dans les différentes mémoires dont le cerveau dispose.

La synthèse des travaux effectués sur ce sujet permet d’avoir une vision assez précise de la manière dont le lecteur passe de la compréhension du lien entre graphèmes et phonèmes à la découverte du sens des mots.

La compréhension d’un texte nécessite à la fois :

-d’intégrer les informations concernant les liens qui unissent les signes visuels aux sons qu’ils représentent ;

-de regrouper ces informations et de les comparer avec les souvenirs stockés en mémoire, qu’il s’agisse d’éléments phonologiques ou d’éléments mémorisés sous leur forme orthographique ;

-d’utiliser le lexique du vocabulaire oral et écrit ;

-de faire intervenir dans la découverte du sens les connaissances grammaticales qui permettent d’arbitrer entre les différentes formes orthographiques des mots ;

-de permettre la fixation de l’attention et la mémorisation des éléments compris pour les intégrer dans des ensembles de plus en plus complexes afin de passer du lien phono-graphémique à la compréhension du mot, de la phrase et du texte.

La compréhension résulte des interactions permanentes entre les structures neuronales qui participent à la découverte du lien qui unit les graphèmes aux phonèmes et de celles qui participent à la découverte du sens des mots. Celles-ci sont situées, elles aussi, dans l’hémisphère gauche, et travaillent de manière synthétique. Les informations qui entrent dans les circuits du langage écrit vont donc, à tous les niveaux de traitement, être rassemblées en partant du plus simple pour aller vers le plus complexe jusqu’à ce que soit trouvée une correspondance parfaite entre ces données et un mot strictement équivalent stocké dans les différentes mémoires du cerveau. C’est la rétine périphérique qui détecte les espaces entre les
mots et indique ou doit commencer et finir la synthèse de chaque mot à lire.


L’intrication complète des structures cérébrales qui vont de la perception du mot à sa compréhension a pour conséquence le fait que celles dont le rôle est de rattacher les éléments contenus dans un mot à la signification de celui-ci exercent un effet facilitateur pour simplifier et accélérer le travail de recherche de la correspondance entre chaque signe graphique et le phonème qu’il représente. Cette facilitation est réduite au minimum lorsque le décryptage fournit des informations suffisantes pour accéder à la compréhension.
Par contre, lorsque la découverte de la correspondance phono-graphémique ne permet pas la compréhension d’un mot, le module supérieur intervient pour suggérer des solutions aux structures phonologiques. C’est là que nous trouvons l’explication de la lecture des mots présentés en désordre. Les aires destinées à identifier les lettres reconnaissent la première lettre du mot, elles abordent la seconde, puis la troisième, etc. Elles transmettent l’information concernant les liens graphismes/sons aux aires destinées à regrouper entre elles ces associations afin de trouver leur signification en comparant leur assemblage avec un mot strictement équivalent dont elles disposent en mémoire. Elles butent d’emblée sur un problème :
aucune succession graphique connue n’existe dans les différents lexiques de la mémoire des mots. La découverte du sens est donc impossible tant que le cerveau, dont les capacités d’adaptation sont stupéfiantes, ne comprend pas qu’il doit, pour résoudre cette énigme, faire abstraction de l’ordre des lettres. Il lui faut élargir ses techniques de synthèse, passer en revue toutes les combinaisons graphophonémiques possibles avec les graphèmes identifiés et les assembler entre elles sans tenir compte de la position des signes graphiques les uns par rapport aux autres. Il poursuit ce travail jusqu’à ce qu’une de ces combinaisons puisse être conforme à la forme orale ou orthographique d’un mot dont il dispose en mémoire. Dans le premier texte présenté, le nombre de solutions est limité puisque la première et la dernière lettre sont en bonne place, ce qui facilite le processus mais la lecture est également réalisable si la première et la dernière lettre sont placées en position aléatoire. Par contre, le travail est alors beaucoup plus lent et plus difficile car le nombre de solutions envisageables est considérablement plus élevé. Ces exercices peuvent être rapprochés de ceux que pratiquaient certaines cultures lors des débuts de l’histoire de l’écriture. Certaines langues écrites ne faisaient figurer dans les mots que les signes correspondant aux consonnes. De plus, les mots et les phrases étaient liés entre eux sans aucune césure. Il fallait donc, pour lire, non seulement
reconnaître les signes consonniques mais aussi pratiquer des essais d’introduction de voyelles et de séparations de graphismes dans le but de retrouver, dans cette chaîne graphique ininterrompue, des termes du langage oral. Trois millénaires plus tard, dans les textes précités, notre cerveau est soumis, aux mêmes contraintes mais celles-ci sont considérablement simplifiées par rapport à celles qui étaient exigées de nos prédécesseurs. Le mode opératoire en reste cependant identique. Pour prendre une comparaison contemporaine, disons que les inventeurs de ce jeu de société n’ont fait que reproduire sous forme d’un texte ce que réalisent tous les joueurs de scrabble. S’il existe un divertissement qui montre le rôle des opérations de synthèse dans la lecture, c’est bien celui-là. Le joueur doit construire un mot avec les sept lettres dont il dispose en utilisant la totalité ou une partie de celles-ci tout en incluant dans le corps du mot, à son début où à sa fin, une des lettres déjà placées sur la grille du jeu. Il lui faut donc passer en revue toutes les combinaisons possibles dont il dispose dans sa mémoire en tenant compte de leur forme orthographique pour répondre à ces contraintes. Les opérations de synthèse sont donc ici beaucoup plus élaborées que dans la lecture du premier texte puisqu’elles touchent toutes les possibilités envisageables à partir des mots déjà en place et des lettres dont le joueur dispose. Ceux qui pratiquent ce jeu perçoivent clairement la nature du travail qu’ils exécutent. Les bons joueurs sont ceux qui ont stocké en mémoire un très grand capital de mots et exécutent rapidement ce travail de synthèse d’une grande complexité.

Mais, qu’en est-il du second texte ou les mots sont coupés de manière anormale, contiennent des majuscules et des minuscules et sont transcrits sans respect de leur forme orthographique ?

Nous avons là une preuve parfaite du caractère synthétique de la lecture exécuté uniquement à partir des éléments phonologiques de la langue. Dans un premier temps, le cerveau prend conscience de la forme des graphèmes dans la configuration qui lui est présenté. Il met en route ses procédés habituels de décodage et transmet les informations aux circuits cérébraux spécialisés dans la recherche du sens qui vont tenter de leur trouver une correspondance avec des mots connus. La rétine périphérique repère les espaces entre les mots. Elle indique aux formations cérébrales concernées où doit commencer et finir le travail de synthèse pour chaque mot. L’ensemble de ces formations ne parvient pas, dans un premier temps, à découvrir la solution de cette énigme. Les échanges entre les structures phonologiques et celles qui tentent de découvrir un sens à ces assemblages étranges ne font pas avancer le travail. Il existe une explication simple à cette situation inhabituelle : la nécessité, elle aussi inhabituelle, pour parvenir à comprendre ce texte, de séparer les deux temps de la lecture qui sont, dans les conditions normales, étroitement imbriqués l’un dans l’autre. Lorsqu’on lit, ou quand on fait lire ce texte, on constate, qu’après quelques instants de perplexité, les lecteurs tentent tous, à ma connaissance, de le lire en l’oralisant, le plus souvent à voix haute, parfois à voix basse pour les plus habiles d’entre eux. Ils font porter toute leur attention aux sons produits par cette lecture. L’oralisation est une tendance naturelle de la lecture car les circuits du langage se terminent dans les aires motrices qui permettent l’expression de la parole (larynx et cordes vocales, langue et lèvres).

Chez le lecteur débutant l’oralisation est un phénomène naturel qui facilite le rapprochement du mot écrit avec son expression orale. Elle en facilite ainsi la compréhension. Mais elle ralentit le rythme de la lecture. Chez le lecteur expert, le cerveau fait intervenir des coupe-circuits qui empêchent l’information d’atteindre les aires motrices du langage et bloquent ainsi l’oralisation. Il faut savoir que les phénomènes inhibiteurs sont d’une plus grande complexité neurologique que les phénomènes producteurs d’action. Devant une difficulté de lecture l’oralisation, même chez le lecteur expert, redevient prioritaire et consciente pour lui faciliter la tâche. Dans le cas qui nous occupe, l’oralisation va permettre au lecteur d’entendre les sons produits par la découverte des équivalences phono-graphémiques qu’il décrypte. Dans la prononciation des successions de sons qu’il découvre, il va, plus ou moins rapidement, prendre conscience de la présence de sonorités qui correspondent à des mots dont il connaît la signification orale mais qui ne sont dentifiables par écrit qu’en faisant abstraction des séparations qui figurent entre eux ainsi que de leur forme orthographique. Dès qu’un ou deux mots auront été identifiés les structures cérébrales vont travailler en appliquant une nouvelle règle du jeu : ne pas prendre en compte les césures figurant entre les mots ni la forme orthographique de ceux-ci mais se baser exclusivement sur l’assemblage des éléments phonologiques pour rechercher des correspondances sonores avec des mots connus du langage oral. La compréhension du texte devient alors possible. Pour le lecteur expert le mélange aléatoire des majuscules et des minuscules ne posent aucun problème puisqu’il connaît le code de correspondance entre chaque forme de graphème et le phonème qu’il représente. Il peut donc lire indifféremment dans l’une ou l’autre écriture quelle que soit la place occupée par les majuscules.

La lecture de ce texte fantaisiste place donc le cerveau devant une situation atypique mais à l’avantage d’être une illustration parfaite des opérations qui entrent dans la lecture à la fois au niveau du temps phonologique et dans la découverte du sens des mots.

La réussite de ces deux exercices n’est possible que si la connaissance des liens entre les phonèmes et leurs différentes traductions graphiques est parfaite. La moindre erreur d’identification entre les correspondances phono-graphémiques rend la lecture impossible. Le second texte est particulièrement adapté pour mettre en valeur la possibilité de compréhension de l’écrit par usage du temps phonologique et regroupement de proche en proche des éléments phonologiques pour les comparer avec un mot de la langue stocké dans le répertoire des mots oraux indépendamment de la reconnaissance de leur forme orthographique. On se demande bien, dans ces deux types de textes, par quel miracle le cerveau pourrait « reconnaître » des mots qui ne répondent pas aux règles habituelles de leur écriture si l’hémisphère gauche n’utilisait pas ses caractéristiques habituelles de travail, seules applicables devant une situation de ce type : l’analyse des éléments décryptés et le passage en revue systématique de toutes les possibilités de synthèse qu’offrent les éléments graphiques qui constituent les mots. Ces textes illustrent parfaitement le fait que la lecture experte, comme la lecture du débutant, comporte un temps phonologique pour savoir relier les signes graphiques aux sons qu’ils représentent et un temps qui opère la synthèse de ces données pour découvrir la signification des mots.

En ce qui me concerne, j’aimerais bien connaître le raisonnement et les preuves scientifiques dont disposent ceux qui ont cru bon d’utiliser ces deux textes pour affirmer le caractère global de la lecture experte. Ce serait sans nul doute pour moi une grande révélation. Je suis toujours prête à accueillir des informations susceptibles de m’aider à progresser dans la connaissance à condition que celles-ci soient étayées par des travaux dont la valeur scientifique est reconnue. S’ils n’en disposent pas, je les trouve bien imprudents de s’aventurer sur ce terrain et de confondre ainsi avec tant de désinvolture preuves et convictions. Mais je les remercie cependant de leur initiative car ils m’auront donné là une belle occasion d’illustrer, grâce à des exemples concrets et originaux, la complexité et la complémentarité des mécanismes qui partent de la vision d’un texte à sa compréhension.

Barvo, Miessuers, puor cttee intréessnate cnotirbution !

G.Wettstein-Badour

* mon étude du 20 novembre 2006 : Apprentissage de la lecture : une démonstration expérimentale et théorique de la supériorité de la méthode phonique synthétique (alphabétique) sur toutes les autres approches pédagogiques. (peut être envoyée sur simple demande à fransya@libertysurf.fr )


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Vendredi 22 décembre 2006

 

Madame, Monsieur,

 

 

Dans mon texte du 15 courant : « apprentissage de la lecture : bilan et perspectives après l’initiative prise fin 2005 par Monsieur Gilles de Robien, ministre de l’éducation nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche », j’annonçais, dans ma conclusion, une initiative très prochaine que voici.

 

Il faut donner acte à l’actuel ministre d’avoir associé, dans ce dossier, les travaux des sciences de l’éducation et des neurosciences.

 

Comme vous le savez si vous avez suivi la chronologie des événements, un certain nombre de chercheurs de ces disciplines ont cosigné deux prises de positions dont les conclusions me paraissent inexactes.

 

J’ai donc décidé de contester celles-ci dans un texte argumenté que vous trouverez en document joint.

 

Mon intention est de faire connaître cette étude le plus largement possible à la communauté scientifique et pédagogique ainsi qu’aux parents afin qu’elle contribue à éclairer ce dossier clos bien trop précipitamment par le ministre alors que son initiative n’a débouché sur aucun résultat tangible pour les enfants.

 

Je vous remercie donc de l’aide que vous pourrez m’apporter dans cette démarche d’information.

 

Très cordialement.

 

G Wettstein-Badour

Apprentissage de la lecture :
une démonstration expérimentale et théorique de la
supériorité de la méthode phonique synthétique
(alphabétique) sur toutes les autres approches
pédagogiques.

:une démonstration expérimentale et théorique de lasupériorité de la méthode phonique synthétique(alphabétique) sur toutes les autres approchespédagogiques.

:une démonstration expérimentale et théorique de lasupériorité de la méthode phonique synthétique(alphabétique) sur toutes les autres approchespédagogiques.


Ghislaine Wettstein-Badour

-gh.wettstein.badour@libertysurf.fr -

Résumé de l’étude

Les scientifiques qui ont étudié les mécanismes mis en oeuvre dans la lecture s’accordent sur le fait que l’apprentissage explicite du lien qui unit les graphèmes aux phonèmes est indispensable à la compréhension du langage écrit. Ce point étant acquis, il est désormais indispensable de comparer l’efficacité des deux approches possibles de l’apprentissage du code alphabétique : la méthode phonique synthétique (alphabétique) qui part des correspondances grapho-phonémiques apprises pour construire des mots et des phrases ou la méthode phonique analytique (semi-globale, mixte ou intégrative) qui les met en évidence à partir de mots dont le sens est connu.

Cette étude a pour but d’apporter des preuves de la supériorité des méthodes phoniques synthétiques grâce aux résultats obtenus par des élèves pratiquant l’une ou l’autre de ces pédagogies et de mettre en évidence les raisons de leur plus grande efficacité à l’aide des connaissances dont nous disposons actuellement dans le domaine de la neurologie cognitive et de la vision rapprochée.

***********************

Tous les scientifiques qui ont étudié les mécanismes neurologiques conduisant à la compréhension du langage écrit s’accordent sur le fait que la connaissance du code de correspondance entre les sons de la langue orale et les signes qui les représentent constitue une étape incontournable dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. De très nombreux travaux ont mis en évidence l’importance de la discrimination des phonèmes dans les langues alphabétiques et la nécessité de avoir assembler les signes qui les représentent pour former les mots et accéder à leur sens. Un pas très important a été franchi lorsqu’il a été admis, au niveau de la communauté scientifique, que l’apprentissage du code alphabétique était plus efficace quand son approche était pratiquée de manière systématique et explicite.

Cependant, il existe deux possibilités d’apprentissage explicite du code alphabétique :

-apprendre de manière systématisée les correspondances entre les graphèmes et les phonèmes ; c’est ce que les auteurs anglo-saxons appellent la méthode


phonique synthétique désignée en France sous le nom de méthode alphabétique ;

-découvrir les liens entre graphèmes et phonèmes à partir de mots dont le sens est connu : il s’agit alors de la méthodes phonique analytique qui équivaut à nos diverses pédagogies semi-globales (également appelées mixtes ou, plus récemment, intégratives)

La question qui se pose maintenant n’est donc plus de savoir s’il faut ou non connaître le code alphabétique pour lire mais de s’interroger sur les moyens à mettre en oeuvre pour en optimiser l’apprentissage.

Un certain nombre de chercheurs (17), essentiellement des spécialistes de neuropsychologie cognitive, ont cosigné avec Franck RAMUS un texte paru sur son site (*1) et dans le Monde de l’éducation de mars 2006 sous le titre « Le point de vue de chercheurs sur l’enseignement de la lecture ». Ils affirment : « du moment que le déchiffrage est enseigné systématiquement, il importe peu que l’approche soit plutôt analytique (du mot ou de la syllabe vers le phonème) ou synthétique (du
phonème vers la syllabe et le mot) ». Cette prise de position figure de nouveau dans une publication d’octobre 2006 titrée « Il n’y a pas lieu d’imposer une unique méthode d’enseignement de la lecture » sous la signature de Franck RAMUS et Rémi BRISSAUD (*2) ainsi que de 23 personnalités de la recherche en neurosciences cognitives et en pédagogie.

Or, les éléments dont nous disposons aujourd’hui permettent de démontrer que cette affirmation est inexacte. C’est le but de cette publication qui s’appuie sur deux types de preuves : d’une part, la voie expérimentale par la comparaison des résultats obtenus avec chacun de ces deux modes opératoires et, d’autre part, une synthèse des apports de la neurophysiologie en ce domaine et des travaux sur la vision qui permettent de comprendre pourquoi ces deux techniques d’apprentissage ne donnent pas des résultats équivalents.

1-la voie expérimentale

Nous comparerons les résultats obtenus par des groupes d’élèves auxquels le code alphabétique a été enseigné de deux manières différentes :

-les uns avec la méthode phonique synthétique ;

-les autres par la méthode phonique analytique.

2-Les apports de connaissances issues de la neurologie et des travaux sur la vision.

Ils permettent de comprendre pourquoi les résultats obtenus par ces deux modes opératoires donnent un très net avantage aux pédagogies phoniques synthétiques.

Il est surprenant que l’ensemble de ces éléments ne soient pas actuellement pris en compte car ils permettent de trancher le débat sur l’efficacité comparée des pédagogies conduisant à l’apprentissage explicite du code alphabétique par la voie synthétique ou la voie analytique. Une des raisons pouvant expliquer cette situation est que les arguments scientifiques nécessaires à l’explication de la supériorité de l’approche phonique synthétique ne se limitent pas aux apports des neurosciences


cognitives. Celles-ci fournissent, certes, des éléments d’une importance capitale mais qui ne permettent pas, à eux seuls, de faire un choix éclairé entre les diverses approches de la pédagogie de la lecture. Il est indispensable de leur adjoindre les conclusions de l’ensemble des recherches portant sur les facteurs qui entrent en jeu dans la neurologie du langage et la perception oculaire et, tout particulièrement, la vison rapprochée. La prise en compte de l’ensemble de ces éléments permet de mieux comprendre comment le débutant ou le lecteur expert passent de la vision d’un texte à la compréhension de son contenu et explicite les raisons des constatations issues de l’expérimentation.

1-Etude expérimentale

De nombreuses études pratiquées dans des classes où l’apprentissage se faisait de manières différentes permettent de montrer que l’approche de la lecture par la méthode phonique synthétique donne des résultats nettement supérieurs à ceux qui sont obtenus par la méthode phonique analytique. Ces travaux ont été essentiellement exécutés chez des élèves anglophones. Ceci ne constitue pas un inconvénient mais, au contraire, un avantage puisque la langue anglaise est une des plus difficiles des langues actuellement parlées et écrites en ce qui concerne l’apprentissage des correspondances entre graphèmes et phonèmes. Ce qui simplifie l’apprentissage chez les anglophones ne peut donc être que bénéfique dans des langages phonologiquement moins complexes.

Le rapport du National Reading Panel “Teaching Children To Read” (*3)

Publié en décembre 2000, ce rapport, très connu, a permis de mesurer concrètement l’importance du temps phonologique dans la lecture, y compris dans la compréhension du sens du texte. Il avait essentiellement pour but de comparer les résultats obtenus par les méthodes globales (whole language) et l’ensemble des pédagogies pratiquant l’apprentissage explicite du code alphabétique. Mais son cahier des charges n’avait pas été conçu pour comparer entre elles de manière statistiquement valable les différentes techniques d’apprentissage explicite du code alphabétique. Il ne constitue donc pas un document exploitable pour trancher entre ces deux types de techniques pédagogiques. Il est donc très surprenant que les chercheurs cosignataires des textes cités ci-dessus s’appuient sur ce document qui n’apporte pas de réponse à la question qu’ils se posent et qu’ils négligent, par contre, de prendre en compte les résultats de l’étude menée dans le comté de Clarkmannann, publié le 11 février 2005, qui a pour objectif de juger de l’efficacité comparée des méthodes phoniques.

Le rapport présenté par Rhona JONHSON (department of Psychology, University of Hull) et Joyce WATSON (School of psychology, University of St Andrews) intitulé « The effects of synthetic phonic teaching on reading and spelling attainement, a seven year longitudinal study » (*4) comporte, en effet, des conclusions sans ambiguïté. Il montre clairement la supériorité des méthodes phoniques synthétiques dans l’apprentissage de la lecture et de l’orthographe (les études qui figurent dans ce rapport ont été récemment analysées et validées par des statisticiens *5).


Effets de l’apprentissage phono-synthétique sur les résultats de l’apprentissage de la lecture et de l’orthographe

Le rapport présenté par Rhona JONHSON et Joyce WATSON porte sur 304 élèves d’Ecosse scolarisés dans 13 classes de primaire1 et répartis en 3 groupes. L’étude a suivi ces élèves pendant 7 ans, soit pendant la totalité de leur enseignement primaire (classe 1 à 7). Elle a donné lieu, au cours de ces années, à des évaluations faites à partir de tests standardisés. Ceux-ci ont permis de mesurer les connaissances des élèves par rapport aux acquis attendus pour chaque tranche d’âge.

Ce rapport permet de comparer les résultats de 3 types d’approches pédagogiques clairement identifiées.

Méthodologie

Le 1er groupe a utilisé la méthode phonique synthétique

L’enfant commence par apprendre les correspondances entre les graphismes et les sons qu’ils représentent. L’apprentissage met en oeuvre des pratiques pédagogiques  multi-sensorielles », par exemple des lettres à manipuler, des lettres magnétiques pour construire des mots, différents types de travaux sur les sons, etc. Dès que les enfants connaissent quelques associations phono-graphémiques, ils apprennent à les lier entre elles pour former des mots, puis des phrases, qu’ils peuvent lire sans aide puisqu’ils sont composés à partir de couples phono-graphémiques connus. Ils
sont d’abord mis en présence de correspondances simples (une lettre pour un son) puis, ensuite, abordent la représentation écrite des phonèmes traduits par plusieurs lettres.

Le programme standard proposé aux élèves comportait un travail de 20 minutes chaque jour réparti sur 16 semaines et contenait des exercices destinés à améliorer la reconnaissance et la discrimination des sons ainsi que des exercices moteurs et sensoriels destinés à familiariser les enfants avec la forme des lettres (utilisation de lettres mobiles et rugueuses à manipuler lors de l’apprentissage des graphèmes).

Il est très important de noter que ce groupe était constitué d’enfants qui appartenaient à des classes sociales défavorisées et disposaient, au début de l’étude, d’un niveau linguistique inférieur à la moyenne.

Le 2ème groupe a utilisé la méthode phonique analytique

C’est la méthode très majoritairement utilisée en Angleterre, comme en France.


L’enfant doit reconnaître des mots qui lui sont le plus souvent présentés dans le contexte d’une histoire. Après une première approche de la lecture pratiquée à partir de mots dont le sens est indiqué à l’enfant, le travail menant à l’identification des graphèmes et de leur correspondance phonologique est ralisé à partir de graphèmes identiques contenus dans ces mots.

L’apprentissage du code alphabétique est donc précédé d’une période au cours de laquelle l’élève est mis en contact avec des mots dont on lui fournit la signification. En France, dans la très grande majorité des cas, les mots sont présentés sur des étiquettes que l’enfant doit reconnaître à partir d’indices destinés à lui permettre de les différencier les uns des autres. Cette pratique est généralisée dans les classes maternelles. Elle correspond au stade où l’enfant est mis en présence de mots dont il connaît le sens sans pouvoir identifier les symboles graphiques qui les composent. D’abord réservée aux grandes sections de maternelle, cette pratique est maintenant utilisée dès la petite section. Elle est poursuivie au CP où l’enfant doit reconnaître son prénom et ceux de ses camarades, des mots-outils indiqués dans son livre de lecture ou proposés par l’enseignant et repris, là encore, sur des étiquettes avec lesquelles il doit reproduire des phrases. Le travail portant sur le code s’appuie sur les mots-outils et sur ceux qui sont choisis par le maître ou sont présentés isolément dans chaque page du livre de lecture. L’enfant exécute donc son travail d’apprentissage du code alphabétique à partir de mots dont il connaît la signification orale. Suivant les cas et l’avancement de l’apprentissage, il peut ou non connaître les autres graphèmes qui composent chaque mot. Cette technique est donc strictement identique à celle auxquels ont été soumis les élèves du second groupe présenté dans le rapport JONHSON-WATSON.

Le 3ème groupe a utilisé la méthode phonique analytique avec supplément d’apprentissage portant sur le développement de la prise de conscience phonologique.

Les élèves ont été soumis au même mode d’apprentissage que ceux du groupe précédent mais ont, en plus, bénéficié d’exercices oraux destinés à développer leur conscience phonologique mais sans introduction de la forme graphique du son.

A la fin de la première année scolaire, le travail proposé aux élèves du groupe 1 a été appliqué aux 2 autres groupes pendant que les élèves du groupe 1 perfectionnaient l’apprentissage des associations phono-graphémiques déjà vues plutôt que d’apprendre de nouvelles associations lettres/sons.

Analyse des résultats

Les résultats obtenus, étudiés avec rigueur, ne laissent planer aucun doute.

A la fin de la période des 16 semaines d’entraînement, les tests standards appliqués aux élèves des trois groupes et à ceux des groupes de référence ont montré que les enfants le groupe 1 présentaient pour la lecture des mots, une avance de 7 mois par rapport à leur âge chronologique. Ils avaient également 7 mois d’avance par rapport aux enfants de leur âge et 8 à 9 mois d’avance sur les enfants des deux autres groupes qui avaient utilisé des méthodes analytiques. Les groupes 2 et 3 avaient,

quant à eux, 2 à 3 mois de retard en orthographe par rapport aux connaissances attendues pour leur âge chronologique.

Au cours de l’année 2 du primaire, certains enfants des groupes 2 et 3 ont dû recevoir une aide supplémentaire. Ce ne fut pas nécessaire pour les enfants du groupe 1.

A la fin du primaire (année 7), les enfants du groupe 1 avaient 3 ans et 6 mois d’avance sur la moyenne de leur groupe d’âge en lecture, 1 an et 8 mois en orthographe et 3,5 mois en compréhension de textes. Dans ce dernier domaine, le gain, très manifeste au début, devient moins visible quand les enfants grandissent. Ceci s’explique par le fait que lorsque les exigences linguistiques augmentent, la place laissée aux acquis liés à l’environnement joue un rôle plus important. Les enfants des milieux défavorisés sont alors pénalisés par un manque de vocabulaire et un accès plus difficile à la culture. Ceci étant, il est remarquable de constater que même si l’avance est peu sensible, ces enfants qui avaient au départ de l’étude un déficit de connaissances linguistiques sont cependant parvenus à dépasser la moyenne de leur groupe d’âge. Ces constations mettent en évidence le fait que l’apprentissage du code phono-graphémique doit s’accompagner d’un travail intensif sur le vocabulaire et la syntaxe de la langue. Le rapport JONHSON-WATSON ne manque pas de le signaler.

En résumé, le gain apporté par l’apprentissage synthétique du code alphabétique porte donc sur tous les aspects de la langue écrite, y compris l’orthographe. Il se manifeste dès le début du primaire et va en s’accentuant progressivement.

Il est très important de noter que lorsque le programme synthétique proposé au groupe 1 est appliqué aux enfants des groupes 2 et 3 à la fin de la classe de Primaire 1, ces 2 groupes progressent de manière significative mais leurs résultats restent cependant moins bons que ceux des élèves qui ont
commencé avec la méthode phonique synthétique seule appliquée dès le début de l’apprentissage.

A la fin du primaire, ceux qui ont commencé dès le début de l’apprentissage par une méthode phonique synthétique sont plus performants en lecture (en particulier les filles) et en orthographe (majoritairement les garçons) que ceux chez lesquels le programme phonique synthétique a été introduit plus tardivement.

En résumé, ces études apportent la preuve, grâce aux observations chiffrées des résultats obtenus par les élèves soumis à trois types de pédagogies différentes, que l’apprentissage de la lecture en partant de l’étude du lien unissant phonèmes
et graphèmes donnent des résultats supérieurs à ceux obtenus en proposant l’apprentissage du code alphabétique à partir des mots, même si on associe à cette technique des exercices phonologiques ou si on lui adjoint
ultérieurement un apprentissage systématique des liens entre les sons et les graphismes.

Ces travaux indiquent également que la méthode phonique synthétique donne de meilleurs résultats quand elle est proposée tôt, avant toute autre forme


d’apprentissage. Ils précisent que l’âge le plus favorable pour cet apprentissage se situe autour de 5 ans, ce qui correspond en France, pour la très grande majorité des enfants, à la grande section de maternelle. Le rapport insiste également sur le fait que cette pédagogie doit s’accompagner en permanence, d’un travail systématique destiné à enrichir le vocabulaire et à favoriser la compréhension du sens des textes chez tous les enfants.

Cet ensemble d’éléments conduit à un certain nombre de conclusions.

-1-L’apprentissage du code alphabétique doit être commencé vers 5 ans (ce qui correspond en France à la grande section de maternelle) et doit être exclusivement proposé à partir des correspondances entre phonèmes et graphèmes. La progression choisie doit permettre rapidement la lecture de mots et de phrases construites uniquement avec les graphèmes connus et en cours d’apprentissage (ce qui est beaucoup plus facile à réaliser en français qu’en anglais où le nombre de graphèmes correspondant aux phonèmes est environ dix fois plus élevé).

-L’apprentissage des liens entre graphèmes et phonèmes ne doit pas être accompagné et, à plus forte raison, précédé, par la reconnaissance de mots dont le sens est donné à l’enfant.

-L’apprentissage du code alphabétique doit mettre en oeuvre des techniques sensori-motrices pour faciliter sa mémorisation.
Il apparaît clairement à la lecture de ce rapport que les méthodes synthétiques les plus efficaces sont celles qui permettent à l’enfant de manipuler les lettres qui représentent les phonèmes et de les assembler pour construire des mots avec les éléments connus. Elles rejoignent sur ce point les conclusions du NICHD qui avaient également signalé l’augmentation d’efficacité lorsque les méthodes synthétiques étaient associées à l’utilisation de lettres à manipuler pour les associer aux phonèmes qu’elles représentent.

-L’apprentissage du code alphabétique doit impérativement s’accompagner d’un travail d’enrichissement du vocabulaire et de maniement oral de la langue pour en perfectionner l’usage syntaxique et grammatical.

Témoignages des enseignants

Ce rapport fait également état de témoignages recueillis auprès des enseignants qui ont participé à cette étude.

Ils ont exprimé leur satisfaction sur 5 points essentiels :

La qualité des résultats obtenus

Les enseignants qui ont utilisé la méthode phonique synthétique ont signalé que les résultats obtenus par les élèves dans le domaine de la lecture (y compris au niveau de sa compréhension) et de l’orthographe sont très supérieurs à ceux auxquels ils parvenaient antérieurement.


La rapidité d’apprentissage et la durée de ses effets

Cette technique pédagogique accélère l’apprentissage de la lecture et de l’orthographe. Les apprentissages sont durables et les effets de la méthode sont sensibles tout au long du primaire.

La supériorité de la méthode profite tout particulièrement aux élèves des milieux défavorisés

Les enseignants ont été frappés par le fait que les enfants des milieux défavorisés peuvent apprendre à lire et écrire aussi bien que ceux des milieux plus favorisés. Arrivés en fin du primaire, tous les enfants, y compris ceux des milieux défavorisés, conservent le bénéfice de cette pédagogie.

La rapidité du dépistage des enfants en difficulté

Les élèves en difficulté sont repérés beaucoup plus vite et peuvent recevoir précocement une aide adaptée.

L’attractivité de la méthode

Le contenu du programme phonique synthétique est très apprécié par les enfants car il leur permet de comprendre rapidement le principe des correspondances phonographémiques et de leurs assemblages. Ils prennent très vite conscience du fait qu’ils sont capables de lire des mots qu’ils n’ont jamais rencontrés lorsqu’ils en connaissent les éléments grapho-phonémiques.

Conclusions

Ces observations et résultats, en termes d’efficacité, contredisent donc formellement l’affirmation qui place sur un même pied d’égalité l’apprentissage du code alphabétique à partir de celui des liens qui unissent phonèmes et graphèmes ou son apprentissage à partir de mots connus.

On constate, en se limitant aux observations signalées dans les études citées cidessus, que celles-ci permettent de définir un cahier des charges contenant des constantes que toute pédagogie de la lecture devrait respecter :

-élimination de toute approche de la lecture par des mots à mémoriser (en particulier en classes maternelles) avant de commencer l’apprentissage du code alphabétique ;

-apprentissage exclusif des liens entre graphèmes et phonèmes et combinaisons de ces associations pour lire et écrire des mots et des phrases ne contenant que les graphèmes appris et celui (ou ceux) en cours d’apprentissage ;


-nécessité de l’introduction d’exercices sensori-moteurs et d’une manipulation des graphèmes (lettres mobiles, lettres rugueuses) pour faciliter la mise en place du lien son/graphisme et de l’assemblage, avec ces lettres, des graphèmes entre eux pour former des mots ;

-nécessité de l’introduction d’exercices de discrimination des sons associés aux manipulations des lettres ;

-nécessité d’un travail sur la langue, mené oralement en parallèle avec l’apprentissage du code, afin d’enrichir le vocabulaire, de développer la maîtrise de la syntaxe et la compréhension de textes.

L’expérience prouve que ceci est réalisable. J’ai personnellement créé, à mon modeste niveau, il y a plus de 10 ans (dépôt légal à la Société des Gens de Lettres le 29 octobre 1996), donc antérieurement aux pédagogies proposées dans le rapport étudié ci-dessus, une méthode d’apprentissage de la lecture et de l’écriture qui répond aux mêmes principes de base que ceux présentés ici auxquels j’ai ajouté un certain nombre d’autres éléments : entraînement systématique à la formulation et au résumé par l’élève de ce qu’il a lu dès que la progression de la pédagogie permet de
proposer de petits textes construits volontairement avec un vocabulaire riche, exercices graphiques, écriture et dictée de phrases au cours de chaque leçon. S’y ajoute, pour des raisons de neurophysiologie que seront envisagées ci-dessous, une présentation en noir et blanc pour optimiser les contrastes visuels et l’absence d’images. Les succès obtenus par les nombreux parents qui utilisent cette pédagogie et par les enseignants qui l’emploient dans leurs classes, montrent clairement l’efficacité d’une telle démarche au niveau de la lecture, de l’acquisition du goût de lire dès le début de l’apprentissage, de la qualité de l’écriture, et de l’acquisition de l’orthographe de base. Comme les enseignants anglais qui en ont fait état, j’ai pu constater l’intérêt que les enfants portent à ce type d’apprentissage dans lequel il leur est demandé une participation active. Leur meilleure récompense est la certitude, qu’ils acquièrent très vite, de détenir les clés qui leur permettent de percer le mystère de l’écrit. Je souhaite donc vivement aujourd’hui que des études comparatives entre cette approche strictement synthétique de l’apprentissage explicite du code alphabétique et les pédagogies actuellement utilisées qui partent de mots dont le sens est connu de l’élève pour accéder à ce code, soient réalisées et contrôlés par des autorités indépendantes dont la mission serait d’évaluer, en fin de CP, les résultats obtenus par les élèves en lecture, compréhension de textes, écriture et orthographe avec chacun de ces deux modes opératoires. Les résultats de cette étude apporteraient des informations objectives d’une grande utilité pour les pédagogues.

2-Justifications scientifiques de la méthode phonique synthétique dans l’apprentissage du code alphabétique.

La seconde partie de ce travail porte sur les connaissances issues de la neurophysiologie cérébrale et des caractéristiques la vision qui permettent de comprendre pourquoi l’apprentissage du code alphabétique à partir de celui des correspondances phono-graphémiques et de leurs possibilités d’assemblage est plus efficace que celui qui aboutit à la connaissance du code en partant des mots.

Il n’est plus possible aujourd’hui de déclarer que la recherche scientifique ne fournit pas d’éléments suffisants pour trancher entre l’efficacité les différentes méthodes d’apprentissage explicite du code alphabétique. Certes, nous sommes encore bien loin d’avoir percé tous les mystères de ce sujet ultra complexe mais les éléments dont nous disposons sont suffisants pour permettre de comprendre les
raisons de la supériorité des méthodes phoniques synthétiques sur toutes les autres pédagogies. Pour y parvenir, il est indispensable d’avoir présents à l’esprit un certain nombre d’éléments essentiels qui se rattachent tous à des travaux scientifiques dont les principaux figurent dans la bibliographie ci-jointe.

La perception des phonèmes

Aucun scientifique ne remet en cause le fait que la lecture nécessite la mise en correspondance des signes graphiques avec les sons qu’ils symbolisent. La plupart des pédagogues ont pris conscience de cette réalité et l’admettent aujourd’hui. Dans les langues alphabétiques auxquelles se limite ce propos, l’équivalence du lien entre les sons et les lettres s’établit au niveau des phonèmes et des graphèmes. Il est donc indispensable, pour lire et écrire, de savoir identifier les uns et les autres. La nécessité d’acquérir une bonne conscience phonologique et de pouvoir discriminer les phonèmes qui composent la langue orale a donné lieu à de très nombreux travaux dont certains sont très récents.
Par contre, la perception des graphèmes qui constitue le point essentiel permettant de comprendre les raisons de la supériorité des méthodes phoniques synthétiques sur toutes les autres approches d’apprentissage du code alphabétique, n’a pas été, à ma connaissance, suffisamment prise en compte dans les réflexions conduites sur ce sujet. Je m’y attarderai donc davantage.

La perception des graphèmes

Dans les écritures alphabétiques la phrase écrite reproduit la linéarité de la chaîne sonore. Elle est formée de suites de signes séparées par des espaces vides qui représentent les silences entre les mots de la langue orale.

Les signes graphiques qui composent les mots ne diffèrent souvent que par de faibles différences morphologiques ou d’orientation spatiale. Pour identifier ces différences, l’oeil ne peut avoir recours qu’à la vision rapprochée car elle seule permet de discriminer deux points l’un de l’autre.

L’identification d’un objet visuel commence par l’analyse par la rétine de toutes les caractéristiques qui le composent : forme, orientation dans l’espace, longueur d’onde, contrastes des unités de base qui le composent. Ces données sont transmises aux aires cortico-occipitales par des canaux séparés. Deux points ne peuvent être discriminés que si leur image sur la rétine se projette sur deux cônes différents. C’est au niveau de la fovéa, située elle-même au centre de la macula (dont la surface couvre environ 2 mm² au centre de la rétine), que la perception est la plus fine puisque c’est à cet endroit précis que les cônes sont les plus petits, les plus nombreux et les plus proches les uns des autres. Par contre, plus on s’éloigne du centre de la macula, plus la distance entre les cônes augmente et moins la vision est précise. La nécessité d’une discrimination fine des signes graphiques conduit le système oculo-moteur à faire en sorte que l’axe du regard soit centré en permanence sur l’élément à discriminer. Cette exigence, associée au caractère linéaire de l’écrit, nécessite un balayage du texte qui est exploré par l’oeil lors des pauses qui séparent les saccades et micro-saccades oculaires.

La surface du texte explorée par la macula lors de chaque pause oculaire est estimée en moyenne à 2 % du champ visuel, soit une distance angulaire d’environ trois degrés. Quant à la fovéa, la distance moyenne à laquelle s’effectue la lecture, ne lui permet d’explorer qu’environ un degré du champ visuel. Ces chiffres dépendent à la fois des caractéristiques du système optique qu’est l’oeil, de la distance qui sépare la fovéa de sa cible, des dimensions de la calligraphie utilisée,de l’intensité de la lumière sur le support, des contrastes de couleur.

Les scientifiques s’accordent sur le fait que le nombre de lettres qui peuvent être vues ensemble lors de chaque pause oculaire par la macula permet la vision, dans une écriture de taille courante et dans des conditions normales d’éclairement, d’un espace occupé par 6 à 8 lettres. La fovéa seule ne couvre qu’un nombre beaucoup plus réduit de caractères (2 à 3). Ce sont eux qui sont vus avec le maximum de précision lors de chaque centrage de l’axe du regard. Plus l’image qui se projette sur la rétine s’éloigne du centre de la fovéa, moins la discrimination visuelle est bonne.
Cette caractéristique est liée à la diminution du nombre des cônes au fur et à mesure où l’on s’éloigne de la fovéa. Les caractères situées de part et d’autres de la fovéa, bien que vus avec une perception moins fine que le caractère central, peuvent cependant être plus ou moins facilement décryptés s’ils comportent des particularités morphologiques assez nettes pour constituer des indices permettant leur identification. Mais cette pratique comporte une marge d’erreur qui augmente
d’autant plus que les signes à identifier se situent plus loin du centre de la fovéa. Si les diverses suggestions envisageables ne sont pas suffisantes pour permettre de comprendre le contenu du champ visuel exploré, la saccade oculaire est complétée par des micro-saccades d’ajustement destinées à placer l’image de chaque lettre mal perçue au centre de la fovéa afin de lever les ambiguïtés et de permettre de trancher entre les diverses solutions possibles.

L’importance du rôle de la vision fovéale apparaît dans de nombreuses recherches effectuées sur les mouvements de l’oeil pendant la lecture. Une des particularités des dyslexiques est d’éprouver des difficultés pour analyser les caractéristiques visuelles des lettres. On constate fréquemment, chez eux, un élargissement du champ
maculaire. Cet élargissement augmente le nombre de lettres vues lors de chaque pause mais diminue la netteté de la vision des lettres entourant celle dont la projection se fait sur la fovéa. En éloignant leur projection du centre de la fovéa, l’élargissement du champ oculaire diminue la qualité de l’analyse du graphisme sur les lettres périphériques. La précision de celle-ci diminue et le rattachement à la signification phonologique correspondante devient plus difficile à établir. Cette situation est rendue responsable d’une partie de leurs difficultés de lecture et certaines rééducations orthophoniques intègrent dans leur pratique des exercices destinés à réduire, chez les dyslexiques, la largeur du champ visuel utilisée dans la lecture.

De nombreux travaux ont montré que, contrairement à ce qui est trop souvent affirmé, les meilleurs lecteurs sont ceux qui font très peu appel au contexte rapproché et aux processus d’anticipation. Ils n’essaient pas de prédire la suite du texte ou de « reconnaître » les mots mais ils traitent le texte lettre après lettre en faisant porter tout l’effort sur l’identification de la forme de chaque signe graphique.
Ces études ont révélé que les meilleurs lecteurs (ceux qui lisent le plus rapidement en comprenant le sens de leur lecture) sont ceux qui sont capables d’identifier de très petites variations de formes dans un mot.

La réduction du champ oculaire aux dimensions du champ maculaire et essentiellement de la fovéa, en optimisant la reconnaissance de la forme des éléments à traiter, réduit au maximum le recours aux hypothèses concernant la forme des lettres et minimise donc le risque d’erreurs de décryptage. Ces observations sont en accord avec les études qui montrent que le déclenchement des saccades, lié à la prise de conscience des informations contenues dans chaque pause oculaire, est d’autant plus rapide que le champ oculaire utilisé est plus étroit.

De la même manière, l’observation montre que l’enfant qui lit difficilement a naturellement tendance à suivre sa ligne de lecture avec son doigt ou même à cacher la lettre précédente et suivante de celle qu’il lit, ce qui revient à limiter la projection des lettres analysées aux dimensions du champ fovéal.

L’utilisation optimisée de la vision fovéale et péri-fovéale constitue donc une étape fondamentale dans les processus qui mènent à la découverte du lien entre graphèmes et phonèmes dans la lecture.

La découverte du sens

On sait déjà depuis une dizaine d’années que la compréhension du contenu de chaque pause oculaire joue un rôle prépondérant dans le déclenchement de la saccade suivante. Elle lève les phénomènes d’inhibition qui, en cas de non compréhension, bloquent la saccade et ne permettent pas à l’oeil de se fixer sur la cible suivante. La qualité du décryptage constitue ainsi une des conditions indispensables à la fluidité de la lecture.

La synthèse des travaux effectués sur ce sujet permet d’avoir une vision assez précise de la manière dont le lecteur passe de la compréhension du lien entre graphèmes et phonèmes à la découverte du sens des mots.

Pour simplifier l’expression, on regroupera ici toutes les formations cérébrales qui participent à la découverte du sens des mots sous le terme de module sémantique du cerveau. Elles sont reliées entre elles et aux structures phonologiques par un immense réseau, vraisemblablement de type connexionniste. Cette architecture, reliant des noeuds interconnectés semble, en effet, être la seule, dans l’état actuel des connaissances, en mesure de rendre compte de l’extrême complexité des tâches à accomplir.

La compréhension d’un texte nécessite à la fois :


-d’intégrer les informations concernant les liens qui unissent les signes visuels aux sons qu’ils représentent ;

-de regrouper ces informations et de les comparer avec les souvenirs stockés en mémoire, qu’il s’agisse d’éléments phonologiques ou d’éléments mémorisés sous leur forme orthographique ;

-d’utiliser le lexique du vocabulaire oral et écrit ;

-de faire intervenir dans la découverte du sens les connaissances grammaticales qui permettent d’arbitrer entre les différentes formes orthographiques des mots ;

-de permettre la fixation de l’attention et la mémorisation des éléments compris pour les intégrer dans des ensembles de plus en plus complexes afin de passer du lien phono-graphémique à la compréhension du mot, de la phrase et du texte.

Ces interactions permanentes entre les structures neuronales font que les phénomènes de décryptage et de compréhension sont indissociables. Toute information erronée issue du traitement phonologique perturbe la recherche de compréhension du sens des mots lus et toute information venue du niveau le plus élevé de traitement se répercute sur celle générée par les niveaux inférieurs. Le module sémantique, situé, lui aussi, dans l’hémisphère gauche, travaille de manière synthétique. Les informations qui entrent dans ses circuits vont donc, à tous les niveaux de traitement, être rassemblées en partant du plus simple pour aller vers le plus complexe jusqu’à ce que soit trouvée une correspondance parfaite entre ces données et un mot strictement équivalent stocké dans le lexique des mots du langage oral et/ou dans celui de leur forme orthographique. La rétine périphérique qui détecte les espaces entre les mots indique ou doit commencer et finir la synthèse
de chaque mot à lire.

La seconde conséquence de l’interconnexivité des réseaux de neurones est le fait que les structures du module supérieur exercent un effet facilitateur pour simplifier et accélérer le travail du module phonologique. Cette facilitation est réduite au minimum lorsque le décryptage fournit des informations suffisantes pour accéder à la compréhension. Par contre, lorsque la découverte de la correspondance phonographémique ne permet pas la compréhension d’un mot, le module supérieur intervient pour suggérer des solutions aux structures phonologiques. Si, par exemple, le module phonologique a identifié les premières lettres d’un mot et ne parvient pas à découvrir la correspondance phonologique des graphèmes suivants, le module supérieur lui suggère toutes les combinaisons dont il dispose en mémoire correspondant à des mots qui commencent par les éléments déjà identifiés. Au fur et à mesure où le module supérieur rassemble les informations qui lui viennent du module phonologique, les circuits qui conservent dans leur mémoire la trace des mots commençant par la ou les mêmes éléments graphiques sont activés et rappellent tous les mots connus qui commencent par le ou les mêmes signes graphiques sont rangés dans le même ordre. Grâce à l’interconnexivité des circuits, ces éléments rappelés parviennent au module phonologique et l’aident à trancher entre les diverses solutions possibles pour identifier les lettres. On se trouve alors dans une situation d’hypothèses de sens suggérées par le module supérieur pour venir au secours des défaillances du module phonologique. Plus le travail avance dans le mot, plus le nombre de solutions diminue pour arriver à un choix unique si le lecteur possède dans sa mémoire un mot strictement équivalent sur le plan lexical et grammatical. Dans le cas contraire, il peut simplement identifier chaque graphème et doit, pour découvrir le sens du mot, faire appel à une aide extérieure (explication par un tiers, consultation du dictionnaire). Chez le lecteur en difficulté, l’aide apportée par le module supérieur est beaucoup plus importante que chez le lecteur expert où l’effet facilitateur n’intervient pratiquement pas car il utilise très peu le contexte rapproché pour découvrir le sens du texte. On comprend bien ainsi pourquoi les meilleurs lecteurs sont ceux qui optimisent leur lecture en réduisant leur champ visuel aux dimensions du champ fovéal. Déchargé de l’aide à apporter aux structures phonologiques, le module sémantique peut alors se consacrer à sa fonction essentielle : intégrer les éléments décryptés dans le contexte grammatical du texte et mémoriser les éléments synthétisés pour les inclure dans des ensembles de plus en plus vastes. Par contre, lorsque ce processus de facilitation est systématiquement utilisé, il constitue, certes, une aide mais il fait aussi courir au lecteur le risque de retenir des hypothèses inexactes si le module phonologique ne parvient pas à trancher correctement parmi les solutions qui lui sont proposées.

La prise en compte de l’ensemble des éléments concernant la vision fovéale et des effets de facilitation apporté par le module sémantique dans la recherche du sens de la lecture permet de comprendre pourquoi les méthodes phoniques synthétiques d’apprentissage du code alphabétique sont plus efficaces que les méthodes phoniques analytiques. Pour y parvenir, il est nécessaire de comparer les conséquences de ces facteurs chez le débutant qui aborde la lecture par une méthode pratiquant l’apprentissage du code alphabétique avec une méthode synthétique et chez celui qui l’apprend à partir de mots dont le sens lui est connu.

L’apprentissage du code alphabétique à partir de couples graphophonémiques.


Cas des graphèmes uniques

Chaque graphème proposé isolément permet un centrage parfait de l’image de celui-ci sur la fovéa. Le travail mis en oeuvre pour faciliter la mémorisation des caractéristiques visuelles concernant la morphologie et l’orientation des différents segments constitutifs du graphème atteint alors son plus haut niveau d’efficacité. Les possibilités de confusions, sans être nulles, sont réduites au minimum.

Les graphèmes composés de plusieurs signes graphiques ( an, au, on, ou, eau, oin, etc.) en raison du faible nombre de lettres qui les composent sont également traités par la fovéa mais seule la lettre dont l’image se projette sur le centre de celle-ci est vue de manière parfaite. Celles qui l’encadrent sont, en général, vues dans la même pause oculaire mais leur perception est moins nette. Elle peut donc donner lieu à des phénomènes d’interprétation (par exemple choix entre u/n, n/m, b/d, p/q, i/l).
Cependant ceux-ci sont très limités dans la mesure où le lecteur ne rencontre que des mots et phrases ne contenant que le graphème qu’il est en train d’apprendre associé à ceux qu’il a appris antérieurement. Quand il est en présence d’un mot dans


lequel il connaît tous les éléments graphiques, sa vision péri-fovéale n’a qu’un faible pourcentage de risques de confondre les graphèmes perçus.

L’apprentissage des graphèmes à partir de mots dont le sens est connu.

La situation est ici totalement différente.

Le graphème à apprendre se trouve dans un mot dont le sens est connu mais dans lequel sont présents des graphèmes inconnus. Plus le lecteur est débutant, plus le nombre de graphèmes inconnus est grand.

Le graphème isolé dans le mot par le maître est traité par le centre de la fovéa mais les graphèmes qui l’environnent, perçus par la vision péri-fovéale, entrent, lors de la même pause oculaire, dans les circuits cérébraux et vont donner lieu à une recherche de signification. Dans ce cas, l’effet facilitateur déclenché par le module sémantique est à son maximum et s’effectue à partir des seules données utilisables : les éléments visuels identifiables et la forme orale du mot. Le travail du module sémantique consiste alors à tenter de trouver les correspondances des signes graphiques inconnus avec les éléments sonores qui composent le mot. Lors de cette recherche au cours de laquelle il n’est pas guidé, le lecteur peut commettre des erreurs liées au fait qu’il éprouve, par exemple, des difficultés de discrimination des sons, d’identification et d’orientation des formes dans l’espace. Or, il ne faut pas oublier que 40 % environ des enfants de 5 à 6 ans présentent une ou plusieurs de ces difficultés. Le risque de générer des erreurs lors de ce travail de découverte des graphèmes est d’autant plus grand que le lecteur est plus inexpérimenté. Cette situation est celle que rencontrent les enfants lors de l’apprentissage de leurs prénoms ou de mot-outils qui leur sont présentés dans les classes maternelles françaises et en CP lors de l’emploi des méthodes de type semi-global ou mixte. A partir des informations auditives qu’on leur donne, les enfants cherchent à découvrir des correspondances phono-graphémiques qu’ils ne connaissent pas. La tâche est pratiquement impossible avec les prénoms, ceux-ci présentant des équivalences complexes et souvent atypiques entre sons et graphismes. Comment découvrir les liens qui existent entre le graphème « a » et le son qu’il représente dans Amélie, Antoine, Alexandre, Jean ou Paul ? Comment comprendre à quoi correspond le phonème « f » en regardant les prénoms Franck, François et Philippe, Joseph ou Ophélie ou le «c» dans Caroline, Cécile, Cyril, Christophe ou Charlotte ? On pourrait multiplier les exemples en ce sens. C’est pourtant ce travail, source de multiples erreurs et confusions, qui est demandé aux enfants dès la petite section de maternelle.

Les enfants se heurtent également à un deuxième type de difficulté lorsqu’un graphème simple connu fait partie d’un graphème complexe dans lequel il perd sa valeur phonologique propre pour constituer un autre phonème, comme, par exemple, le « a » dans les phonèmes « an, au, eau, aill » ou le « o » dans « oi, on, ou, oin »,etc. Comment peut-on espérer leur faire acquérir la connaissance du code alphabétique

Par Ghislaine Wettstein-Badour - Publié dans : Articles
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Vendredi 22 décembre 2006

Madame, Monsieur,

Voici le communiqué publié par le ministre le 8 novembre :

« L'inspection générale de l'Éducation nationale a remis au ministre le rapport sur l'enseignement de la lecture au cours préparatoire, qu'il avait commandé en septembre dernier. L'inspection générale souligne la détermination des recteurs, des inspecteurs d'académie et des inspecteurs de l'Éducation nationale "très présents sur le dossier de la lecture".

Le rapport indique notamment que les nouveaux textes (circulaire du 3 janvier 2006 et arrêté modificatif des programmes du 24 mars 2006) sont bien appliqués dans les classes : dans la très grande majorité des cas, les maîtres ont engagé le travail qui leur est demandé. Ce rapport est disponible sur le site Internet du ministère ! » (1)

Autrement dit, vu du ministère, la question est réglée !!!!..... Avec l’expression de mes sentiments dévoués.

 G Wettstein-Badour

(1) Si vous voulez en prendre connaissance allez sur le site et recherchez dans la fenêtre « recherche » avec les mots clefs « rapport inspection générale »

Par G Wettstein-Badour - Publié dans : Articles
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